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2006-12-07

Ralentissement du commerce des « diamants de la guerre »

Par Jim Fisher-Thompson Rédacteur de l'USINFO

Washington - Le risque que la pierre précieuse que vous portez à votre doigt provienne du commerce illégal des « diamants de la guerre » a fortement diminué grâce à une initiative internationale appelée processus de Kimberley qui contrôle et surveille le commerce mondial annuel de 30 milliards de dollars de pierres brutes.

Ce processus, qui a été lancé officiellement en novembre 2002, a été conçu lors d'une réunion tenue à Kimberley (Afrique du Sud) en 2000. Il a « fondamentalement changé les règles du jeu du commerce des diamants bruts (…) et est un succès de la diplomatie multilatérale », a déclaré le sous-secrétaire d'État adjoint aux affaires économiques et commerciales, M. Paul Simons, lors d'une conférence de presse tenue le 5 décembre.

Il a à cette occasion fait une mise à jour sur les progrès réalisés par les 71 signataires du processus de Kimberley vers la réduction du commerce international illégal des diamants qui ont contribué à alimenter des conflits, particulièrement en Afrique de l'Ouest dans les années 1990. Selon la définition des Nations unies, les « diamants de la guerre » sont des pierres originaires de zones contrôlées par des forces ou des factions opposées aux gouvernements légitimes et internationalement reconnus et qui sont utilisées pour financer des actions militaires contre ces gouvernements, où pour agir à l'encontre de décisions du Conseil de sécurité.

M. Simons, qui a participé à la réunion plénière du processus de Kimberly qui s'est tenue à Gaborone (Botswana) du 6 au 9 novembre, a expliqué que ce processus créait une « zone exclusive d'échange pour les pays signataires. Tous les grands producteurs, polisseurs et acheteurs de diamants font partie de ce processus » et se sont engagés à ne commercer qu'entre eux.

Selon lui, l'une des principales raisons du succès du « mécanisme de certification » est la coopération entre les gouvernements, l'industrie diamantaire et des associations.

L'appui du gouvernement des États-Unis au processus de Kimberley s'est renforcé lorsque le Congrès a adopté la loi sur la transparence du commerce des diamants (Clean Diamond Trade Act) en avril 2003. Les États-Unis fournissent une assistance technique afin d'améliorer les contrôles exercés sur le secteur diamantaire dans des pays tels que la Sierra Leone et le Liberia, et ont dépensé 7,6 millions de dollars depuis 1999 au titre de l'aide à la surveillance du commerce des diamants, a précisé M. Simons.

L'argent tiré de la vente des diamants a en effet contribué à alimenter la guerre civile en Sierra Leone, qui a fait des milliers de victimes. Ce conflit est le thème d'un nouveau film intitulé « Blood Diamond » (Le Diamant de sang) qui doit sortir sur les écrans internationaux au début de 2007.

Après avoir assisté à une avant-première du film, M. Simons a déclaré : « C'est un très bon film, mais il décrit la situation qui prévalait vers la fin des années 90. »

Durant cette « période de pointe », on estime que les diamants de la guerre représentaient de 4 à 15 % du commence total des pierres précieuses. Mais aujourd'hui, ce taux à chuté à moins d'un pour cent, grâce au régime de certification et de sanctions mis en œuvre par le processus de Kimberley au début 2003.

Le processus de Kimberley est unique à de nombreux égards, a déclaré M. Simons, parce qu'il « contient des éléments disciplinaires en cas d'irrégularités, notamment des avertissements et des expulsions ».

Il a cité l'exemple du Congo-Brazzaville qui a été expulsé en 2004 parce qu'il exportait plus de diamants qu'il n'en produisait. Par contre, la discipline imposée par l'industrie a été favorable à la Sierra Leone, dont les exportations officielles de diamants, qui étaient quasiment inexistantes, ont atteint 140 millions de dollars en 2005.

Le processus de Kimberley dispose, à l'évidence, d'une « trousse d'outils utiles qui comprend notamment divers mécanismes de surveillance de la performance des pays (…) et des dispositions prévoyant l'établissement de rapports statistiques sur le commerce et la production de diamants ».

Selon un communiqué publié à l'issue de la réunion de novembre dernier à Gaborone, le groupe de travail sur les statistiques a surveillé pour 37,6 milliards de dollars d'exportations de diamants bruts en 2006, et les pays participants ont émis 59.000 certificats vérifiant leur authenticité.

À la fin novembre, l'Assemblée générale de l'ONU a adopté une résolution réaffirmant son soutien au processus de Kimberley.

Barbara Barrett, membre de la délégation des États-Unis à l'ONU et principale conseillère pour les dossiers relatifs aux diamants et aux conflits, a affirmé dans un communiqué : « Nous nous joignons aux membres de la communauté internationale qui félicitent le processus de Kimberley d'avoir radicalement réduit le trafic des diamants de la guerre et d'avoir, ce faisant, contribué à la sécurité, à la paix et à la stabilité régionales. »

Mais malgré ces succès, des difficultés demeurent, a rappelé M. Simons aux journalistes. Le Libéria est toujours incapable d'exporter des diamants du fait des sanctions de l'ONU - le legs de la dictature de Charles Taylor.

Ailleurs, des diamants issus des régions de la Côte d'Ivoire contrôlées par les rebelles s'infiltrent sur les marchés internationaux par le biais du Mali et du Ghana. Le communiqué publié à Gaborone affirme que les responsables ghanéens sont « résolus à prendre les mesures appropriées pour maintenir l'intégrité » du processus.

Ce qui compte, a affirmé M. Simons, c'est que le processus de Kimberley, dans l'ensemble, « est une réussite. Nous avons l'oeil et continuons d'améliorer les capacités des pays qui pourraient être vulnérables au commerce illicite des diamants. »
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