Condoleezza Rice : les destins de l'Afrique et des Etats-Unis sont liés
Son discours du 17 juin lors de la remise des Prix Leon Sullivan
Le 17 juin, lors d'un discours prononcé à l'occasion de la remise du
Prix Leon Sullivan de la diplomatie internationale, la conseillère du
président en matière de sécurité nationale, Mme Condoleezza Rice, a
fait le point de la politique des Etats-Unis à l'égard de l'Afrique
Rappelant que les destins des Etats-Unis et de l'Afrique étaient
"inextricablement liés", elle a précisé : "De même que les Africains
et les Américains partagent le même attachement aux valeurs de la
liberté et de la justice, ils partagent aussi la responsabilité de
promouvoir ces valeurs."
Mettant l'accent sur les initiatives mises en oeuvre par le
gouvernement Bush afin de rapprocher les Etats-Unis de l'Afrique et
d'aider les pays africains à instituer la paix, la santé, la
prospérité et la liberté, elle a évoqué les progrès réalisés en vue du
rétablissement de la paix au Soudan, au Liberia, au Burundi, en
République démocratique du Congo et en Angola. Elle a aussi mentionné
l'initiative annoncée par le président lors du récent sommet du G8 qui
vise l'équipement de 75.000 soldats qui seront chargés de maintenir la
paix, notamment en Afrique, et rendu hommage à la collaboration dont
ont fait preuve les pays d'Afrique afin de lutter contre le
terrorisme.
Soulignant le lien entre la santé, le bien-être et la dignité de
l'homme, elle a donné les grandes lignes du plan du gouvernement (15
milliards de dollars sur cinq ans) qui vise à faire face au problème
du sida en Afrique, et notamment à empêcher les nouvelles infections
et soigner ceux qui sont déjà affectés par cette maladie.
Pour garantir la santé, a-t-elle rappelé, il faut aussi vaincre la
faim, et les Etats-Unis ne ménageront aucun effort pour accroître à
long terme la productivité agricole en Afrique et veiller à ce que le
continent réponde aux besoins de ses populations.
La naissance d'économies dynamiques et libres en Afrique figure aussi
parmi les priorités que se sont données les Etats-Unis en ce qui
concerne l'Afrique, a précisé Mme Rice qui a fait part de l'appui
qu'apporte M. Bush à la prorogation de la Loi sur la croissance et les
possibilités économiques en Afrique (AGOA), ajoutant que le Compte du
millénaire, un mécanisme que le président Bush a créé, était destiné à
apporter une aide efficace aux pays qui gouvernent de façon équitable,
appuient la liberté économique et investissent dans le domaine social.
Elle a conclu son discours en soulignant l'importance de la
propagation de la démocratie dans le continent et en insistant sur le
fait que les Américains ne devaient jamais excuser la tyrannie ou la
corruption en Afrique.
Le défi de notre époque, a-t-elle déclaré, c'est de garantir que l'âge
de la prospérité, de la paix et de la liberté prenne le relais de
l'âge de l'indépendance en Afrique.
On trouvera ci-après la transcription du discours de Mme Rice.
Discours de Mme Condoleezza Rice, à l'occasion du dîner honorant les
lauréats du Prix Leon Sullivan de la diplomatie internationale,
organisé le 17 juin 2004 à l'hôtel Marriott Wardman Park à Washington,
D.C.
Merci beaucoup - C'est un insigne honneur pour moi de me trouver ce
soir avec vous ici. Et je suis très honorée de recevoir le Prix Leon
Sullivan de la diplomatie internationale. Merci M. l'ambassadeur
Young.
Je suis très touchée. Plus tôt dans la soirée, j'ai dit à M. Young
qu'il ne souvenait sûrement plus la date de notre première rencontre.
C'était à l'occasion d'un discours qu'il avait prononcé à l'université
de Denver, dans un cours que donnait mon père. J'avais probablement 13
ans. J'ai su immédiatement que c'était un homme exceptionnel. Je sais
combien il vous est cher et je voudrais simplement le remercier pour
cette chaleureuse et remarquable présentation.
Le pasteur Sullivan était un homme sincère et courageux qui a changé
la façon dont le monde perçoit les nations d'Afrique, et changé la
façon dont son propre pays traite ceux qui ont des origines
africaines. Son legs, c'est une Amérique meilleure et des liens
solides et productifs entre les Etats-Unis et les pays africains.
Je voudrais remercier en particulier Mme Grace Sullivan, la veuve du
pasteur Leon Sullivan, Mme Hope Sullivan, fille du pasteur Sullivan et
présidente de la Fondation Leon Sullivan, M. Teodoro Obiang, président
de la Guinée équatoriale, M. Girma Wolde Giorgis, président de
l'Ethiopie, les membres du corps diplomatique, Mme la sénatrice
Hillary Clinton, les membres du Congrès et tous les éminents invités
d'être venus ici ce soir rendre hommage au pasteur Sullivan. Merci de
m'avoir accordé l'honneur de me trouver parmi vous.
Il y a un an environ, je me tenais aux côtés du président Bush et du
secrétaire d'Etat Colin Powell au Sénégal, à la "porte de non-retour"
de l'île de Gorée. Ce fut un moment propice pour réfléchir au passé,
au passé de l'Amérique et au passé de l'Afrique, et pour envisager un
avenir meilleur. Les histoires de l'Afrique et de l'Amérique sont
inextricablement liées, de même que leurs destins. Le président a
prononcé ce jour-là des paroles qui nous ont tous vivement émus et
souligné : "Selon un plan connu de la seule Providence, les fils et
les filles volés à l'Afrique ont contribué à éveiller la conscience
des Etats-Unis. Les personnes mêmes qui avaient été victimes de la
traite des esclaves ont aidé à libérer les Etats-Unis."
Aujourd'hui, aux Etats-Unis et en Afrique, les descendants des
esclaves et les descendants de leurs maîtres travaillent ensemble afin
de garantir la paix et promouvoir la dignité humaine. De même que les
Africains et les Américains partagent le même attachement aux valeurs
de la liberté et de la justice, ils partagent aussi la responsabilité
de promouvoir ces valeurs et de faire en sorte qu'elles prospèrent.
Le président Bush est attaché à cet ordre du jour. Il a fait preuve
d'un engagement vigoureux à l'égard de l'Afrique. Il a accueilli plus
d'une vingtaine de chefs d'Etat africains à la Maison-Blanche. Et,
l'année dernière, il s'est rendu en Afrique où il a visité cinq pays
et évoqué d'importantes questions avec nos alliés et amis africains,
un voyage à l'étranger qui l'a profondément marqué. Nombreux sont les
ministres et hauts fonctionnaires qui se sont rendus en Afrique : MM.
Powell, Rumsfeld, Evans, Abraham, O'Neill, Thompson, Zoellick et Mme
Chao. S'ils l'ont fait, c'est parce qu'un engagement avec le continent
africain est très important pour la réalisation des objectifs
fondamentaux des Etats-Unis : à savoir renforcer les alliances pour
vaincre les terroristes internationaux, vaincre le terrorisme et
mettre fin aux conflits ; lutter contre la maladie, la faim et
l'analphabétisme ; oeuvrer en vue de la croissance économique par le
biais du libre-échange et de l'économie de marché et répandre la
liberté dans le monde entier pour que tous les êtres humains puissent
vivre dans la dignité.
La paix et la sécurité doivent régner dans le continent africain. Nous
avons fait du rétablissement de la paix en Afrique un dossier
prioritaire. Au Soudan, avec l'aide de diplomates kényans, la guerre
civile la plus longue de l'Afrique est maintenant plus proche que
jamais d'une heureuse issue. Toutefois, il nous faut continuer de
jouer un rôle primordial pour exiger que le gouvernement soudanais
mette fin à la situation que connaît le Darfour.
Au Liberia, il existe un modèle de la façon dont les Africains peuvent
oeuvrer de concert avec leurs partenaires étrangers pour prendre en
main leur destin, alors que le Nigeria et le Ghana et d'autres Etats
de cette partie du monde jouent un rôle important pour rétablir la
paix dans ce pays. Nous coopérons avec l'Afrique du Sud, les Etats
membres de l'Union africaine et l'Organisation des Nations unies en
vue de la paix et de la démocratie au Burundi et en République
démocratique du Congo.
Enfin, la guerre en Angola, qui a sévi pendant une trentaine d'années,
est maintenant histoire ancienne.
Dans le cas des cinq grands conflits qui faisaient rage à l'entrée en
fonctions du président Bush, des cessez-le-feu ont été conclus depuis
lors. Il s'agit de parvenir à une paix permanente dans tous les cas
car le continent africain a besoin de la paix pour pouvoir connaître
la prospérité.
La semaine dernière, à l'occasion de la réunion au sommet du G8, le
président Bush a annoncé de nouvelles mesures internationales visant à
former et à équiper, au cours des cinq prochaines années, 75.000
soldats chargés du maintien de la paix afin de contribuer au
rétablissement de la stabilité et de la sécurité dans les pays en
proie à des troubles, notamment en Afrique. Les Etats-Unis comptent
consacrer 660 millions de dollars à cet effet au cours des cinq
prochaines années.
Nous avons aussi en Afrique d'excellents partenaires pour la lutte
contre le terrorisme. Les pays africains ont réagi face à la menace
terroriste en démantelant des cellules terroristes, en déjouant des
complots terroristes, en traduisant en justice des assassins et en
bloquant les avoirs financiers des terroristes. En outre, ils ont mis
en place un centre régional de lutte contre le terrorisme. Nous avons
en Afrique des alliés solides et résolus dans la guerre contre le
terrorisme, et je tiens à dire à tout le monde que les Etats-Unis leur
sont reconnaissants pour leur coopération et leur fermeté.
Tout aussi important que la cessation des conflits est le fait de se
rendre compte que la défense de la dignité de la personne dépend des
progrès réalisés dans les domaines de la justice, de la santé et du
bien-être. Il s'ensuit que la pandémie de sida doit retenir notre
attention. Il n'y a pas de fléau plus grand. Il n'y a pas de problème
d'ordre moral plus important que la lutte contre le sida. L'histoire
nous traitera sans bienveillance si ceux d'entre nous qui ont les
moyens ou la capacité d'agir ne font rien face à cette crise de grande
ampleur. Le président Bush a élaboré un plan quinquennal d'urgence en
matière de lutte contre le sida, qui prévoit 15 milliards de dollars
en vue de prévenir la contamination de 7 millions de personnes, de
fournir des médicaments antirétroviraux à au moins 2 millions de
personnes et d'apporter des soins à 10 millions de personnes touchées
par le sida. Pour l'année en cours, le budget des Etats-Unis prévoit
2,8 milliards de dollars destinés à la lutte contre le sida dans le
monde entier.
La santé et le bien-être de l'Afrique dépendent aussi de la
disparition de la famine. Nous avons pris une initiative visant à
mettre un terme à la famine en augmentant durablement la productivité
grâce à la maîtrise des sciences et des techniques. L'Afrique est un
continent qui devrait pouvoir subvenir à ses besoins et nourrir sa
population. Il nous faut oeuvrer à cette fin.
Nous aidons aussi, bien entendu, les Etats africains à se doter d'une
économie dynamique et libre. Le commerce en est le fondement. Il y a
quatre ans, du temps du président Clinton, le Congrès a voté la loi
sur la croissance et les possibilités économiques en Afrique (AGOA)
qui élargit l'accès des produits africains au marché américain. Elle
s'est révélée avantageuse tant pour l'Afrique que pour les Etats-Unis,
comme tout bon partenariat. Les produits exportés en franchise de
douane aux Etats-Unis ont augmenté de 15 % l'an dernier. Le président
Bush se félicite de l'adoption par la Chambre des représentants de la
proposition de loi relative à l'AGOA qui prévoit l'élargissement des
avantages de cette loi et il est résolu à oeuvrer de concert avec le
Sénat pour qu'elle puisse être prorogée au-delà de 2008.
Toutefois, la prospérité dépend aussi de la responsabilité des pays
riches de fournir une aide au développement. Se fondant sur l'élan
donné par le NEPAD, le président a créé le Compte du millénaire, qui
est destiné à apporter une aide aux pays qui gouvernent avec justice,
qui favorisent la liberté dans le domaine économique et qui
investissent dans le domaine social. Le mois dernier, nous avons
annoncé le nom des seize premiers Etats appelés à bénéficier de cette
aide ; huit d'entre eux sont africains.
Il n'y a cependant rien de plus important que les travaux que l'on
doit faire ensemble pour garantir que la révolution démocratique qui a
commencé en Afrique se répande dans tous les pays de ce continent. Les
dernières décennies du XXe siècle ont été extraordinaires et pleines
d'espoir. Alors que la liberté s'enracinait dans le continent, les
Africains ont montré qu'ils étaient prêts et en mesure de relever les
défis de la démocratie. La voie à suivre n'est pas facile, et chaque
pays d'Afrique progressera sur cette voie à son propre rythme. Notre
histoire nous a appris à nous, les Américains, que la démocratisation
est très difficile. Lorsque nos "pères fondateurs" ont dit "Nous, le
peuple", ils ne pensaient guère à moi. En 1789, mes ancêtres n'avaient
la qualité d'homme qu'aux trois cinquièmes. Il a fallu une seconde
fondation des Etats-Unis, après la défaite de l'esclavage, après la
défaite de la ségrégation et après une révolution dans le coeur des
Américains, pour que les nobles principes de la naissance de notre
pays soient finalement mis en pratique. Cela nous rappelle qu'il
convient d'être humble au sujet de la démocratisation. Nous savons
qu'il est toujours difficile de parvenir à la liberté et à la justice,
mais c'est toujours possible, et c'est toujours nécessaire.
Les Américains ne doivent jamais trouver d'excuses à la tyrannie ou à
la corruption en Afrique. Il y a vingt-cinq ans, Léon Sullivan a
élaboré les principes Sullivan en vue de favoriser les droits de
l'homme, la justice sociale et les possibilités économiques et
d'encourager les sociétés occidentales à battre en brèche le régime de
l'apartheid en Afrique du Sud. Ce régime a disparu et est remplacé par
un régime démocratique pluriethnique qui fonctionne bien. Et pourtant
l'esprit des principes Sullivan demeure aussi important et aussi
pertinent que jamais. Les Africains souhaitent et méritent les mêmes
libertés que les Afro-Américains ont cherché à obtenir il y a quatre
cents ans. Et nous qui sommes ici présents - dont un grand nombre sont
les fils et les filles des esclaves de l'île de Gorée - ont
l'obligation de les aider à jouir durablement de la liberté.
A l'heure actuelle, un nouveau chapitre de l'histoire de l'Afrique
s'ouvre. Grâce à la hardiesse de pensée et au courage de grands
dirigeants africains, tels que Nelson Mandela, et à de grands
responsables américains, tels que Léon Sullivan, un grand nombre des
pays africains réussissent à assurer la liberté de leur population et
à être sur un pied d'égalité au sein de la communauté mondiale. Le
défi de notre époque consiste à faire en sorte que, tout comme les
habitants des pays développés, les habitants des pays africains
jouissent de l'égalité dans le domaine socio-économique et que l'âge
de l'indépendance en Afrique puisse céder la place à l'âge de la
prospérité, de la paix et de la liberté.
(Fin de la transcription)
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