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2004-06-19

Condoleezza Rice : les destins de l'Afrique et des Etats-Unis sont liés

Discours de Mme Condoleezza Rice, à l'occasion du dîner honorant les lauréats du Prix Leon Sullivan de la diplomatie internationale, organisé le 17 juin 2004 à l'hôtel Marriott Wardman Park à Washington, D.C.

Merci beaucoup - C'est un insigne honneur pour moi de me trouver ce soir avec vous ici. Et je suis très honorée de recevoir le Prix Leon Sullivan de la diplomatie internationale. Merci M. l'ambassadeur Young.

Je suis très touchée. Plus tôt dans la soirée, j'ai dit à M. Young qu'il ne souvenait sûrement plus la date de notre première rencontre. C'était à l'occasion d'un discours qu'il avait prononcé à l'université de Denver, dans un cours que donnait mon père. J'avais probablement 13 ans. J'ai su immédiatement que c'était un homme exceptionnel. Je sais combien il vous est cher et je voudrais simplement le remercier pour cette chaleureuse et remarquable présentation.

Le pasteur Sullivan était un homme sincère et courageux qui a changé la façon dont le monde perçoit les nations d'Afrique, et changé la façon dont son propre pays traite ceux qui ont des origines africaines. Son legs, c'est une Amérique meilleure et des liens solides et productifs entre les Etats-Unis et les pays africains.

Je voudrais remercier en particulier Mme Grace Sullivan, la veuve du pasteur Leon Sullivan, Mme Hope Sullivan, fille du pasteur Sullivan et présidente de la Fondation Leon Sullivan, M. Teodoro Obiang, président de la Guinée équatoriale, M. Girma Wolde Giorgis, président de l'Ethiopie, les membres du corps diplomatique, Mme la sénatrice Hillary Clinton, les membres du Congrès et tous les éminents invités d'être venus ici ce soir rendre hommage au pasteur Sullivan. Merci de m'avoir accordé l'honneur de me trouver parmi vous.

Il y a un an environ, je me tenais aux côtés du président Bush et du secrétaire d'Etat Colin Powell au Sénégal, à la "porte de non-retour" de l'île de Gorée. Ce fut un moment propice pour réfléchir au passé, au passé de l'Amérique et au passé de l'Afrique, et pour envisager un avenir meilleur. Les histoires de l'Afrique et de l'Amérique sont inextricablement liées, de même que leurs destins. Le président a prononcé ce jour-là des paroles qui nous ont tous vivement émus et souligné : "Selon un plan connu de la seule Providence, les fils et les filles volés à l'Afrique ont contribué à éveiller la conscience des Etats-Unis. Les personnes mêmes qui avaient été victimes de la traite des esclaves ont aidé à libérer les Etats-Unis."

Aujourd'hui, aux Etats-Unis et en Afrique, les descendants des esclaves et les descendants de leurs maîtres travaillent ensemble afin de garantir la paix et promouvoir la dignité humaine. De même que les Africains et les Américains partagent le même attachement aux valeurs de la liberté et de la justice, ils partagent aussi la responsabilité de promouvoir ces valeurs et de faire en sorte qu'elles prospèrent.

Le président Bush est attaché à cet ordre du jour. Il a fait preuve d'un engagement vigoureux à l'égard de l'Afrique. Il a accueilli plus d'une vingtaine de chefs d'Etat africains à la Maison-Blanche. Et, l'année dernière, il s'est rendu en Afrique où il a visité cinq pays et évoqué d'importantes questions avec nos alliés et amis africains, un voyage à l'étranger qui l'a profondément marqué. Nombreux sont les ministres et hauts fonctionnaires qui se sont rendus en Afrique : MM. Powell, Rumsfeld, Evans, Abraham, O'Neill, Thompson, Zoellick et Mme Chao. S'ils l'ont fait, c'est parce qu'un engagement avec le continent africain est très important pour la réalisation des objectifs fondamentaux des Etats-Unis : à savoir renforcer les alliances pour vaincre les terroristes internationaux, vaincre le terrorisme et mettre fin aux conflits ; lutter contre la maladie, la faim et l'analphabétisme ; oeuvrer en vue de la croissance économique par le biais du libre-échange et de l'économie de marché et répandre la liberté dans le monde entier pour que tous les êtres humains puissent vivre dans la dignité.

La paix et la sécurité doivent régner dans le continent africain. Nous avons fait du rétablissement de la paix en Afrique un dossier prioritaire. Au Soudan, avec l'aide de diplomates kényans, la guerre civile la plus longue de l'Afrique est maintenant plus proche que jamais d'une heureuse issue. Toutefois, il nous faut continuer de jouer un rôle primordial pour exiger que le gouvernement soudanais mette fin à la situation que connaît le Darfour.

Au Liberia, il existe un modèle de la façon dont les Africains peuvent oeuvrer de concert avec leurs partenaires étrangers pour prendre en main leur destin, alors que le Nigeria et le Ghana et d'autres Etats de cette partie du monde jouent un rôle important pour rétablir la paix dans ce pays. Nous coopérons avec l'Afrique du Sud, les Etats membres de l'Union africaine et l'Organisation des Nations unies en vue de la paix et de la démocratie au Burundi et en République démocratique du Congo.

Enfin, la guerre en Angola, qui a sévi pendant une trentaine d'années, est maintenant histoire ancienne.

Dans le cas des cinq grands conflits qui faisaient rage à l'entrée en fonctions du président Bush, des cessez-le-feu ont été conclus depuis lors. Il s'agit de parvenir à une paix permanente dans tous les cas car le continent africain a besoin de la paix pour pouvoir connaître la prospérité.

La semaine dernière, à l'occasion de la réunion au sommet du G8, le président Bush a annoncé de nouvelles mesures internationales visant à former et à équiper, au cours des cinq prochaines années, 75.000 soldats chargés du maintien de la paix afin de contribuer au rétablissement de la stabilité et de la sécurité dans les pays en proie à des troubles, notamment en Afrique. Les Etats-Unis comptent consacrer 660 millions de dollars à cet effet au cours des cinq prochaines années.

Nous avons aussi en Afrique d'excellents partenaires pour la lutte contre le terrorisme. Les pays africains ont réagi face à la menace terroriste en démantelant des cellules terroristes, en déjouant des complots terroristes, en traduisant en justice des assassins et en bloquant les avoirs financiers des terroristes. En outre, ils ont mis en place un centre régional de lutte contre le terrorisme. Nous avons en Afrique des alliés solides et résolus dans la guerre contre le terrorisme, et je tiens à dire à tout le monde que les Etats-Unis leur sont reconnaissants pour leur coopération et leur fermeté.

Tout aussi important que la cessation des conflits est le fait de se rendre compte que la défense de la dignité de la personne dépend des progrès réalisés dans les domaines de la justice, de la santé et du bien-être. Il s'ensuit que la pandémie de sida doit retenir notre attention. Il n'y a pas de fléau plus grand. Il n'y a pas de problème d'ordre moral plus important que la lutte contre le sida. L'histoire nous traitera sans bienveillance si ceux d'entre nous qui ont les moyens ou la capacité d'agir ne font rien face à cette crise de grande ampleur. Le président Bush a élaboré un plan quinquennal d'urgence en matière de lutte contre le sida, qui prévoit 15 milliards de dollars en vue de prévenir la contamination de 7 millions de personnes, de fournir des médicaments antirétroviraux à au moins 2 millions de personnes et d'apporter des soins à 10 millions de personnes touchées par le sida. Pour l'année en cours, le budget des Etats-Unis prévoit 2,8 milliards de dollars destinés à la lutte contre le sida dans le monde entier.

La santé et le bien-être de l'Afrique dépendent aussi de la disparition de la famine. Nous avons pris une initiative visant à mettre un terme à la famine en augmentant durablement la productivité grâce à la maîtrise des sciences et des techniques. L'Afrique est un continent qui devrait pouvoir subvenir à ses besoins et nourrir sa population. Il nous faut oeuvrer à cette fin.

Nous aidons aussi, bien entendu, les Etats africains à se doter d'une économie dynamique et libre. Le commerce en est le fondement. Il y a quatre ans, du temps du président Clinton, le Congrès a voté la loi sur la croissance et les possibilités économiques en Afrique (AGOA) qui élargit l'accès des produits africains au marché américain. Elle s'est révélée avantageuse tant pour l'Afrique que pour les Etats-Unis, comme tout bon partenariat. Les produits exportés en franchise de douane aux Etats-Unis ont augmenté de 15 % l'an dernier. Le président Bush se félicite de l'adoption par la Chambre des représentants de la proposition de loi relative à l'AGOA qui prévoit l'élargissement des avantages de cette loi et il est résolu à oeuvrer de concert avec le Sénat pour qu'elle puisse être prorogée au-delà de 2008.

Toutefois, la prospérité dépend aussi de la responsabilité des pays riches de fournir une aide au développement. Se fondant sur l'élan donné par le NEPAD, le président a créé le Compte du millénaire, qui est destiné à apporter une aide aux pays qui gouvernent avec justice, qui favorisent la liberté dans le domaine économique et qui investissent dans le domaine social. Le mois dernier, nous avons annoncé le nom des seize premiers Etats appelés à bénéficier de cette aide ; huit d'entre eux sont africains.

Il n'y a cependant rien de plus important que les travaux que l'on doit faire ensemble pour garantir que la révolution démocratique qui a commencé en Afrique se répande dans tous les pays de ce continent. Les dernières décennies du XXe siècle ont été extraordinaires et pleines d'espoir. Alors que la liberté s'enracinait dans le continent, les Africains ont montré qu'ils étaient prêts et en mesure de relever les défis de la démocratie. La voie à suivre n'est pas facile, et chaque pays d'Afrique progressera sur cette voie à son propre rythme. Notre histoire nous a appris à nous, les Américains, que la démocratisation est très difficile. Lorsque nos "pères fondateurs" ont dit "Nous, le peuple", ils ne pensaient guère à moi. En 1789, mes ancêtres n'avaient la qualité d'homme qu'aux trois cinquièmes. Il a fallu une seconde fondation des Etats-Unis, après la défaite de l'esclavage, après la défaite de la ségrégation et après une révolution dans le coeur des Américains, pour que les nobles principes de la naissance de notre pays soient finalement mis en pratique. Cela nous rappelle qu'il convient d'être humble au sujet de la démocratisation. Nous savons qu'il est toujours difficile de parvenir à la liberté et à la justice, mais c'est toujours possible, et c'est toujours nécessaire.

Les Américains ne doivent jamais trouver d'excuses à la tyrannie ou à la corruption en Afrique. Il y a vingt-cinq ans, Léon Sullivan a élaboré les principes Sullivan en vue de favoriser les droits de l'homme, la justice sociale et les possibilités économiques et d'encourager les sociétés occidentales à battre en brèche le régime de l'apartheid en Afrique du Sud. Ce régime a disparu et est remplacé par un régime démocratique pluriethnique qui fonctionne bien. Et pourtant l'esprit des principes Sullivan demeure aussi important et aussi pertinent que jamais. Les Africains souhaitent et méritent les mêmes libertés que les Afro-Américains ont cherché à obtenir il y a quatre cents ans. Et nous qui sommes ici présents - dont un grand nombre sont les fils et les filles des esclaves de l'île de Gorée - ont l'obligation de les aider à jouir durablement de la liberté.

A l'heure actuelle, un nouveau chapitre de l'histoire de l'Afrique s'ouvre. Grâce à la hardiesse de pensée et au courage de grands dirigeants africains, tels que Nelson Mandela, et à de grands responsables américains, tels que Léon Sullivan, un grand nombre des pays africains réussissent à assurer la liberté de leur population et à être sur un pied d'égalité au sein de la communauté mondiale. Le défi de notre époque consiste à faire en sorte que, tout comme les habitants des pays développés, les habitants des pays africains jouissent de l'égalité dans le domaine socio-économique et que l'âge de l'indépendance en Afrique puisse céder la place à l'âge de la prospérité, de la paix et de la liberté.

(Fin de la transcription)
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