Les E.-U. demeurent résolus à instaurer la paix au Darfour
Le conflit entre le nord et le sud du pays étant réglé, le Darfour est la prochaine « étape ».
Par Judy Aita
Correspondante du « Washington File »
Nations unies - Le représentant des Etats-Unis aux Nations unies, M. John Danforth, affirme que « les sanctions sont toujours sur la table » et que les Etats-Unis vont exercer des pressions aussi intenses en faveur de la paix au Darfour, à l'ouest du Soudan, qu'ils l'ont fait pour mettre fin au conflit qui opposait le nord au sud du pays.
Le 11 janvier, les membres du Conseil de sécurité ont en effet affirmé que des sanctions contre le Soudan étaient toujours envisageables, même si un accord de paix mettant fin à la guerre civile entre le nord et le sud du pays avait été signé.
Lors d'une conférence de presse tenue à l'issue d'une session à huis clos du Conseil de sécurité avec l'envoyé spécial de l'ONU au Soudan, M. Jan Pronk, M. Danforth a déclaré : « Il est important que toutes les parties du Darfour - à savoir le gouvernement et les rebelles - comprennent qu'il y a une limite à la tolérance, et que les sanctions sont toujours une option à considérer. »
M. Danforth a précisé que ce sujet avait d'ailleurs été abordé durant la session à huis clos. Même si certains membres du Conseil y sont opposés par principe, il serait sans doute possible, selon lui, de concevoir un régime de sanctions sur lequel la majorité des membres du Conseil pourraient s'accorder.
Les membres du Conseil espèrent en outre que la signature de l'accord de paix entre Khartoum et le Mouvement populaire de libération du Soudan (MPLS) aura un effet positif sur la situation au Darfour. Cet événement, associé à la présence des troupes de l'Union africaine qui assurent la protection des civils au Darfour et aux changements imminents qui vont s'opérer au sein du gouvernement soudanais afin notamment d'y inclure le chef du MPLS, M. John Garang, sont autant de raisons d'espérer, a affirmé M. Danforth.
« On ne saurait surestimer l'importance » de l'accord de paix entre le nord et le sud. « L'objectif de l'engagement des Etats-Unis au Soudan est de sauver des vies, pas de marquer des points ou de s'écouter parler. Nous voulons avancer et soutenir des idées qui permettront vraiment de sauver des gens. Et c'est sans aucun doute ce que nous avons fait dans le cas de l'accord de paix entre le nord et le sud. »
Cet accord, a-t-il souligné, « met fin à une guerre qui a duré plus de deux décennies et qui a fait plus de deux millions de victimes. Or cet événement commence à disparaître de la une des journaux, comme si rien ne s'était passé dimanche dernier (le 9 janvier). Pourtant quelque chose de fondamental est arrivé dimanche dernier, et cela en grande partie grâce aux démarches des Etats-Unis. »
« La question suivante est celle du Darfour, et nous devrions l'aborder de la même manière, à savoir pas pour marquer des points, mais pour sauver des vies, et tout particulièrement celle des innocents. »
Lors de son allocution devant le Conseil de sécurité, M. Pronk a déclaré : « (...) maintenant qu'un accord de paix général a été signé entre le nord et le sud, la tâche prioritaire pour 2005 ne fait aucun doute. Le conflit au Darfour doit être stoppé, il doit être réglé, et les populations affectées doivent pouvoir rentrer chez elles. »
Pour lui, il est difficile d'envisager de récolter le dividende de la paix sans mettre fin à la souffrance au Darfour, car alors l'aide internationale n'affluerait pas et, pour le Soudan, l'accomplissement que représente l'accord de paix de Nairobi serait remis en question.
Tant qu'il y aura la guerre dans une région quelconque du Soudan, les ressources seront consacrées aux armements et non au bien-être de la population, et « les investisseurs seront réticents, les entrepreneurs seront hésitants, les jeunes gens éduqués et dotés d'un sens de l'initiative voudront quitter leur pays, et les personnes déplacées continueront d'errer. »
M. Pronk a ensuite fait plusieurs suggestions susceptibles de faciliter l'avènement d'un accord de paix. En signe de bonne volonté, le gouvernement et les mouvements rebelles devraient se retirer derrière des lignes rationnelles et bien définies et laisser les troupes de l'Union africaine les remplacer pour protéger ces zones. Le gouvernement devrait recommencer le désarmement des milices arabes à zéro. Le mouvement rebelle devrait accepter de ne pas faire obstacle et de ne pas perturber les mouvements saisonniers pacifiques des tribus nomades et de leur bétail. Enfin, les parties devraient identifier des moyens pratiques de couvrir les besoins essentiels, tels la nourriture, de leurs forces afin de minimiser leurs envies de voler, piller et tuer.
M. Pronk a par ailleurs souligné que seulement 1.000 des 3.000 troupes de l'Union africaine avaient été déployées, et a exhorté la communauté internationale à faire « tout ce qui est nécessaire pour accélérer le rythme de déploiement » de ces troupes.
« Les événements récents survenus au Darfour montrent que sans une force de protection indépendante et neutre, les femmes et les enfants, les vieillards, les rapatriés et les personnes non armées appartenant à une tribu ennemie ne sont pas en sécurité. »
M. Danforth a également évoqué la possibilité d'ajouter une protection policière internationale dans les camps, et M. Pronk a suggéré que le nombre d'observateurs des droits de l'homme dans la région passe de 20 à 150.
Les conditions de sécurité dans le Darfour sont mauvaises et la situation humanitaire est précaire, a déclaré M. Pronk a Conseil de sécurité. La violence s'est étendue aux camps de déplacés et affecte ainsi également directement le personnel humanitaire. Il n'y a pas suffisamment de réfugiés qui rentrent chez eux pour semer leurs récoltes, et il y a des pertes énormes de bétail.
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