Washington - La production d'opium est la deuxième menace, juste
derrière le terrorisme, qui pèse sur le développement de
l'Afghanistan.
Selon John Walters, directeur du Bureau présidentiel de la
politique nationale de lutte contre les stupéfiants, l'opium, comme
le terrorisme, est une voie sans issue pour les Afghans. Lors d'une
conférence de presse spéciale organisée au département d'État le 9
août, M. Walters a déclaré que plus de 90 % du pavot servant à la
fabrication d'opium dans le monde était cultivé en Afghanistan et
que la majorité des Afghans ne voyaient jamais les bénéfices de
cette culture illégale.
Le département d'État estime qu'en 2006, la valeur totale des
exportations d'opium a atteint 3,1 milliards de dollars, soit près
de 32 % du produit intérieur brut du pays (secteurs légal et illégal
confondus).
« Les revenus tirés de la vente d'opium tombent dans l'escarcelle
de ceux qui sont en haut de l'échelle, à savoir les chefs de guerre,
les trafiquants et les individus corrompus impliqués dans ce
trafic », a affirmé M. Walters.
« Les pauvres ne s'enrichissent pas avec l'opium. »
Mais trouver une culture de rechange susceptible d'engendrer des
revenus semblables à ceux du pavot est difficile, a reconnu Thomas
Schweich, coordonnateur de la lutte contre les stupéfiants et de la
réforme judiciaire en Afghanistan et secrétaire d'État adjoint par
intérim pour les questions internationales liées aux
narcotrafiquants et au respect des lois.
« Il n'y a pas de culture miracle », a dit M. Schweich lors de la
conférence de presse. « Rien ne peut réellement remplacer les
revenus que l'on peut tirer du pavot. » Le seul avantage du
renoncement à cette culture, qui est à forte intensité de main-d'œuvre,
est de ne plus avoir affaire à des organisations corrompues et
violentes.
Au sujet de la Stratégie américaine de lutte contre les
stupéfiants en Afghanistan, publiée le 9 août, ils ont expliqué que
les États-Unis avaient l'intention de mettre l'accent sur des
cultures à haut rendement, notamment les fruits et les noix, qui
sont les plus susceptibles de remplacer avantageusement la culture
du pavot.
Selon ce rapport, au cours des dernières années, la production
agricole non liée à l'opium en Afghanistan a presque doublé,
entraînant l'augmentation des revenus des agriculteurs. Le
gouvernement des États-Unis a en outre versé pour 32 millions de
dollars de salaires au titre de travaux de réfection des
infrastructures qui se sont traduits par la construction de 1.000
kilomètres de routes en zone rurale et l'amélioration de
l'irrigation de 3 % des terres arables afghanes. Plus de trois
millions de dollars ont en outre été décaissés sous forme de crédits,
et plus de 100.000 agriculteurs ont reçu une formation afin
d'améliorer leurs techniques.
Entre les années budgétaires 2002 et 2006, grâce à des programmes
administrés par l'Agence des États-Unis pour le développement
international (USAID), plus de 500.000 agriculteurs des 34 provinces
de l'Afghanistan ont reçu 40.000 tonnes d'engrais et 14.000 tonnes
de graines de blé. En outre, 278.900 autres agriculteurs ont reçu
des graines de légumes et des engrais. Les ventes de légumes ont
engendré 17 millions de dollars de revenus.
Des programmes de l'USAID ont également permis à des agriculteurs
de planter 1.500 hectares de vergers, de distribuer de jeunes arbres
et de remettre en état les vergers qui avaient été négligés.
Par ailleurs, le ministère de l'agriculture des États-Unis (USDA)
envoie des conseillers en Afghanistan depuis 2003. Si 80 % de la
population afghane est impliquée dans l'agriculture ou l'élevage, 23
années de guerre ont dévasté le secteur.
Le ministère de l'agriculture a concentré son aide sur les
aspects à la fois infrastructurels et institutionnels de la
reconstruction du secteur primaire afghan. Il aide aussi le
gouvernement à redévelopper les marchés et à protéger les ressources
naturelles. Grâce à des fonds du département d'État, l'USDA a créé
le Programme afghan de préservation des cultures, un projet massif,
reposant sur les collectivités locales, dans le cadre duquel des
milliers d'Afghans trouvent des emplois dans la plantation d'arbres,
la protection des réserves d'eau et la lutte contre l'érosion.
Si la production d'opium en Afghanistan est élevée, le pays ne
connaît pas aujourd'hui une explosion de la culture du pavot, a
affirmé M. Walters. En fait, cette culture décline dans certaines
régions, et elle a complètement disparu de certaines autres.
« Par contre, là où il y a moins de surveillance, la culture du
pavot a considérablement augmenté », a-t-il reconnu, qualifiant le
commerce de l'opium de « programme de développement économique des
terroristes et des criminels ». |