Par Jim Fisher-Thompson
Rédacteur de l'USINFO
Washington - La principale solution non militaire au conflit somalien serait pour le gouvernement fédéral de transition de partager le pouvoir avec les groupes de tendance modérée de l'opposition et de faire de la réconciliation nationale l'un de ses objectifs prioritaires, a déclaré l'ancien ambassadeur des États-Unis en Éthiopie, M. David Shinn, lors d'une réunion de parlementaires américains et de membres du Parlement européen organisée le 8 juin par la sous-commission des affaires africaines de la Chambre des représentants.
La plupart des observateurs, a-t-il dit, estiment que le partage du pouvoir est essentiel à l'instauration d'une paix durable en Somalie et que par conséquent la réconciliation politique constitue la tâche la plus urgente. Il s'agit cependant de savoir comment on peut parvenir à cette réconciliation.
Il ne sera pas facile, a-t-il fait remarquer, de trouver une solution satisfaisante au conflit actuel, où les soldats éthiopiens chargés du maintien de la paix se heurtent aux insurgés dans les rues de Mogadiscio, « même si tous les grands partis politiques somaliens conviennent finalement d'agir dans l'intérêt du peuple somalien et de faire passer au second plan leurs ambitions d'ordre personnel ».
Cependant, il n'est pas impossible, selon lui, d'obtenir de bons résultats. La première mesure à prendre par le gouvernement fédéral de transition devrait être de commencer immédiatement à partager le pouvoir avec des partis qui en sont maintenant exclus. Dès que ce processus débutera, a-t-il dit, les Éthiopiens devraient rapidement commencer de retirer complètement et définitivement leurs forces de la Somalie.
Le gouvernement fédéral de transition est le seul gouvernement somalien reconnu par l'ONU, par l'Union africaine, par la Ligue arabe et par la communauté internationale, et il importe donc de l'aider à réussir dans la mesure où il est disposé à devenir un gouvernement véritablement représentatif, a souligné M. Shinn.
Les seuls groupes qui devraient être exclus de tout gouvernement somalien sont, d'après lui, ceux qui :
- préconisent la guerre ou apportent un soutien aux terroristes dans des pays limitrophes,
- ont des liens indisputables avec des groupements terroristes ou criminels,
- défendent des idées si extrêmes qu'ils empêcheraient un gouvernement national de bien fonctionner dans la paix.
Les appels en faveur d'un dialogue politique n'aboutiront pas à une solution car les Somaliens s'adonneront à un dialogue sans fin. Si les longs pourparlers qui peuvent durer des mois font partie des us et des coutumes des Somaliens, la situation actuelle exige quelque chose de différent. « Le temps presse, a-t-il dit, et je doute que quiconque ait la patience d'attendre une conférence sur la réconciliation qui risque de ne jamais avoir lieu. »
Il est temps pour le gouvernement fédéral de transition de tendre la main aux membres de l'opposition de tendance modérée et de les faire participer au gouvernement. « Il se peut qu'il soit possible d'en convaincre un nombre suffisant d'accepter des postes de responsabilité de sorte que les factions politiques de Mogadiscio puissent commencer le véritable processus de réconciliation et d'isolement des groupes extrémistes. »
Pour sa part, la secrétaire d'État adjointe aux affaires africaines, Mme Jendayi Frazer, a fait allusion au processus de réconciliation lors de la réunion du groupe de contact international sur la Somalie qui s'est tenue en avril au Caire (Égypte), quand elle a demandé aux « empêcheurs de tourner en rond » de ne pas entraver le processus de paix dans ce pays.
À propos des prochains pourparlers sur la réconciliation, elle a dit qu'ils ne devaient pas exclure les groupes islamistes qui avaient récemment lutté contre le gouvernement fédéral de transition. « Il existe de nombreuses façons dont des personnes islamistes ou des milices pourraient participer à ce processus », a-t-elle dit.
En mai, la secrétaire d'État, Mme Condoleezza Rice, avait exprimé son inquiétude au sujet de la Somalie lorsqu'elle avait annoncé la nomination de M. John Yates en qualité d'envoyé spécial dans ce pays. Elle avait indiqué qu'il devrait œuvrer de concert avec les institutions fédérales de transition et avec d'autres groupes somaliens importants et coopérer avec les partenaires régionaux et internationaux des États-Unis.
Les États-Unis, avait-elle dit, sont résolus à aider les Somaliens à renforcer leurs institutions nationales et à surmonter les séquelles de la violence et des troubles du passé. « En apportant un soutien au peuple somalien à cet effet, nous contribuons aussi à assurer la paix et la stabilité de la Corne de l'Afrique et de l'ensemble du continent africain. »
En vue d'éviter l'aggravation de la situation humanitaire causée par les affrontements incessants entre les clans qui ont eu lieu au cours de l'année 2006, l'Agence des États-Unis pour le développement international (USAID) et le département d'État fournissent aux Somaliens depuis octobre 2006 une aide d'urgence, qui s'élève à plus de 135 millions de dollars. Pendant cette même période, la direction de la population, des réfugiés et des migrations du département d'État a accordé près de 7 millions de dollars afin d'aider les réfugiés en Somalie et dans des camps établis au Kenya, au Yémen et en Éthiopie.
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