Par David McKeeby
Correspondant de l'USINFO
Washington - Les États-Unis ont décidé de renforcer les sanctions économiques qu'ils appliquent au Soudan pour ne pas avoir mis fin à la violence au Darfour, a annoncé le président Bush le 29 mai.
« Depuis trop longtemps, les habitants du Darfour souffrent entre les mains d'un gouvernement qui est complice du bombardement, de l'assassinat et du viol d'innocents », a-t-il dit.
Selon le rapport sur les droits de l'homme dans le monde que le département d'État a diffusé en mars, la violence au Darfour a, depuis 2003, causé la mort de plus de 200.000 personnes, déplacé 2 millions d'autres et obligé 200.000 de plus à se réfugier au Tchad.
« Mon gouvernement, a dit M. Bush, a donné à ces actes le nom qu'ils méritent : génocide. Il incombe au monde entier de contribuer à y mettre fin. »
Le président avait proposé de nouvelles sanctions lors d'un discours prononcé le 18 avril, mais à la demande du secrétaire général de l'ONU, M. Ban Ki-moon, qui espérait que les négociations internationales donneraient des résultats, il avait attendu pour les prendre.
Le président du Soudan, M. Omar el-Béchir, n'a toutefois pas mis fin aux tueries, a-t-il dit en ajoutant : « Depuis quelques semaines, l'action du président Béchir consiste à promettre de coopérer tout en trouvant de nouvelles méthodes d'obstruction », ce qui rend nécessaire les nouvelles sanctions.
Premièrement, a indiqué M. Bush, le ministère des finances des États-Unis interdira aux entreprises américaines d'avoir des relations d'affaires avec trente et une sociétés soudanaises qui profitent du génocide et qui ne pourront pas avoir accès au système financier des États-Unis. Parmi ces trente et une entreprises figure une société qui ne respecte pas l'embargo international sur les armes car elle livre des armes aux forces gouvernementales et aux milices au Darfour. En outre, le ministère des finances accroîtra ses investigations portant sur des particuliers et sur des entreprises soupçonnés de collaborer secrètement avec le Soudan pour permettre à ce pays d'éviter les sanctions.
Deuxièmement, des sanctions s'appliqueront à trois personnes responsables des actes de violence. Il s'agit du ministre soudanais des affaires humanitaires, M. Ahmad Muhammed Harun, du chef des services de renseignement et de sécurité des forces armées, M. Awad Ibn Auf, et du chef du groupe de rebelles qui a refusé de signer l'accord de paix du Darfour, M. Khalil Ibrahim. Ces trois hommes ne pourront pas avoir accès au système financier des États-Unis ni entrer en relation pour affaires avec des particuliers ou des entreprises des États-Unis, et leurs crimes seront révélés au public.
Troisièmement, le président Bush a indiqué qu'il avait demandé à la secrétaire d'État, Mme Condoleezza Rice, d'entamer des consultations avec le Royaume-Uni et avec d'autres alliés en vue de l'élaboration d'une nouvelle résolution du Conseil de sécurité de l'ONU.
Par ailleurs, il a déclaré que les États-Unis comptaient continuer de faire pression en faveur du soutien de l'ONU, notamment en faveur du financement de la force de maintien de la paix de l'Union africaine qui est la seule force au Darfour à protéger la population.
En novembre 2006, les États-Unis se sont joints à douze autres pays, à l'Union africaine, à l'Union européenne et à la Ligue arabe pour conclure un accord aux termes duquel le gouvernement soudanais et les forces des rebelles se sont engagés à observer un cessez-le-feu et à accepter qu'une force mixte de l'ONU et de l'Union africaine prenne la relève de la force actuelle de maintien de la paix de l'Union africaine, qui compte 7.000 hommes.
Malgré cet accord, le Soudan a intensifié ses opérations militaires au Darfour et a empêché l'arrivée de 3.000 casques bleus de l'ONU ainsi que des livraisons essentielles de vivres, de médicaments et d'autres formes d'aide des États-Unis.
Lors de la conférence de presse qu'il a donnée le 29 mai au département d'État, le secrétaire d'État adjoint, M. John Negroponte, a déclaré : « Le gouvernement soudanais ne s'est pas acquitté de ses obligations découlant de l'accord de paix du Darfour conclu en mai 2006. Rien de tout cela n'est acceptable pour les États-Unis, et nous pensons que c'est aussi inacceptable pour la communauté internationale. »
Les nouvelles sanctions, a-t-il dit, confortent les négociations de l'ONU. « Il n'y a aucune raison de donner aux Soudanais plus de temps. Le gouvernement soudanais a montré ce qu'il fait lorsqu'il a plus de temps. »
Pour sa part, le représentant permanent des États-Unis auprès de l'ONU, M. Zalmay Khalilzad, a déclaré que les États-Unis avaient commencé de consulter leurs alliés au sein du Conseil de sécurité au sujet d'une nouvelle résolution sur les sanctions, mais il n'a rien dit à propos de la soumission d'un projet de résolution à l'ensemble des membres de cet organe de l'ONU.
Les États-Unis, a-t-il dit, collaborent étroitement avec le secrétaire général de l'ONU au sujet du maintien de la paix, de la diplomatie publique et d'aide humanitaire au Darfour. « Les sanctions et la diplomatie peuvent aller de pair », a-t-il fait remarquer. Vu ce que le Soudan a fait jusqu'ici, il est nécessaire de continuer d'exercer des pressions sur son gouvernement ainsi que sur les rebelles et sur les pays limitrophes, afin que ceux-ci coopèrent dans ces trois domaines.
Il est essentiel, a-t-il souligné, que le gouvernement soudanais coopère en vue de la réalisation des objectifs importants qui lui ont été fixés : « mettre fin aux attaques, démanteler les milices des Djandjawids, permettre l'acheminement ininterrompu de l'aide humanitaire et, bien sûr, accepter très rapidement l'accord conclu entre l'ONU et l'Union africaine à propos de la force mixte ».
À l'heure actuelle, les États-Unis sont le pays qui apporte l'aide la plus importante à la population du Darfour. Ils ont fourni jusqu'ici plus de 1,7 milliard de dollars au titre de l'aide humanitaire et du maintien de la paix.
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