Mme Rice demande au Soudan d'accepter la force de l'ONU au Darfour
Le discours de la secrétaire d'État américaine sur la politique étrangère des États-Unis à l'égard du Darfour
Washington - « Le gouvernement du Soudan doit immédiatement et inconditionnellement accepter une force de maintien de la paix de l'ONU au Darfour », a affirmé la secrétaire d'État américaine, Mme Condoleezza Rice, le 27 septembre.
« Le temps des atermoiements est passé », a souligné Mme Rice dans un discours sur la politique des États-Unis à l'égard du Darfour prononcé à Washington, au siège de l'Académie pour le développement de l'éducation. Parrainée par le Sommet national sur l'Afrique, cette conférence faisait suite à la décision prise le 31 août par le Conseil de sécurité des Nations unies de transférer à une force plus étoffée de l'ONU la force de maintien de la paix de l'Union africaine au Darfour.
On trouvera ci-après les principaux extraits de ce discours.
(Début des extraits)
Allocution de la secrétaire d'État, Mme Condoleezza Rice
prononcée le 27 septembre 2006
devant l'Africa Society of the National Summit on Africa
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L'Africa Society a une vision transformatrice de l'Afrique, et je tiens à ce que vous sachiez que c'est une vision que le président Bush et moi-même partageons. Comme vous, nous entrevoyons une Afrique où la paix est connue de tous, où la liberté est partagée par tous, où les possibilités se multiplient pour tous et où, fait encore plus important, les responsabilités sont acceptées par tous. Parce qu'elle soutient l'Afrique, l'Amérique aide aujourd'hui un nombre sans précédent dans son histoire de peuples du continent à construire leur vie dans l'espoir et la dignité.
Pourtant, pour trop d'hommes, de femmes et d'enfants de l'Afrique, ce rêve d'une vie meilleure reste hors de portée. Pour ces Africains qui ont trop peu voix au chapitre, vous êtes un moyen d'amener le monde à prendre conscience de leur situation. Votre militantisme aide de nombreux Africains, et cette aide n'est nulle part plus urgente ni plus nécessaire que dans la province du Darfour au Soudan.
Nous sommes parvenus à un moment critique au Darfour. Le gouvernement du Soudan a lancé une nouvelle offensive militaire. L'insécurité s'aggrave. Des innocents souffrent et meurent. La situation humanitaire, qui était déjà précaire, est sur le point de devenir complètement catastrophique. Et l'espoir de paix risque maintenant de s'effondrer.
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L'Accord de paix global (CPA) signé en janvier 2005 est l'épure de la transformation démocratique au Soudan. Il tente de résoudre, pour la toute première fois, les problèmes politiques sous-jacents du pays. Il crée un nouveau cadre politique - le gouvernement d'unité nationale - par lequel le pouvoir et la richesse du gouvernement central peuvent être répartis entre les provinces marginalisées du Sud, de l'Ouest et de l'Est. Le CPA tente de créer, sur les ruines de la guerre, un environnement de sécurité et de stabilité qui est soutenu par 10.000 casques bleus de l'ONU. Cette force contribue à créer l'espace politique nécessaire à la réconciliation au Soudan, processus qui sera long et difficile, je n'en doute pas, mais qui pourrait, et devrait, conduire à la liberté, à la paix et au développement pour tous les Soudanais.
L'Accord de paix global demeure la feuille de route politique qui mènera à l'objectif largement partagé d'un Soudan uni, pacifique et démocratique. Mais alors même que nous étions en train de conclure cet accord, un autre conflit faisait éruption, cette fois au Darfour, à l'ouest du pays.
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Invoquant des attaques de rebelles dans la zone, le gouvernement du Soudan a recruté une tribu d'Arabes nomades, appelés Djanjawids, qui haïssent depuis longtemps les Africains du Darfour du fait de disputes territoriales et de différences ethniques. Financés, armés et encouragés par le gouvernement soudanais, les Djanjawids ont attaqué village sur village au Darfour, torturant et exécutant les hommes et les garçons, et battant et violant les femmes et les filles.
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Des centaines de milliers d'hommes, de femmes et d'enfants ont été assassinés. Près de deux millions d'autres - soit près de quatre fois la population de la ville de Washington - ont été chassés de leur foyer au Darfour. Les États-Unis ont appelé cette tragédie par le seul nom qui reflète sa signification, le seul nom qu'elle mérite : génocide.
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Depuis le tout début de ce conflit, notre priorité la plus urgente a été d'atténuer les souffrances des gens qui habitent dans les camps et de garantir leur sécurité. Les États-Unis ont été le fer de lance de la réponse humanitaire de la communauté internationale et nous avons montré la voie par le biais de nos actions. Nous avons donné aux gens du Darfour des abris contre le soleil et la pluie ainsi que de la nourriture et de l'eau pour leur donner des forces afin qu'ils puissent surmonter les jours à venir. D'ailleurs, plus de 60 % de la totalité des vivres que le Programme alimentaire mondial distribue à l'heure actuelle au Darfour sont payés par le peuple américain. Nous travaillons également à améliorer les conditions sanitaires et à soigner les malades, les blessés et les mutilés. Et pour le très grand nombre de personnes - surtout des femmes et des filles - pour qui les pires blessures sont enfouies au plus profond d'elles-mêmes, nous appuyons le travail d'âmes généreuses qui peuvent les aider à surmonter leur indicible traumatisme.
Rien de tout ceci n'aurait été possible sans nos partenaires du Congrès. Ces deux dernières années, les États-Unis ont alloué plus de 1,3 milliard de dollars à l'aide aux peuples du Darfour et du sud du Soudan. Aujourd'hui, je voudrais remercier le Congrès pour son engagement et sa compassion.
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Nous continuerons à faire tout ce qui est en notre pouvoir pour atténuer les souffrances du peuple du Darfour, mais notre but est, et doit être, encore plus ambitieux : nous ne voulons pas que le peuple du Darfour vive jusqu'à la fin des temps dans des camps de réfugiés ; nous voulons l'aider à rentrer chez lui et à vivre en paix. La situation à l'origine de cette guerre était incohérente et funeste. Elle s'était détérioriée à plusieurs reprises, avec à chaque fois d'horribles conséquences pour la population. Ainsi, pour empêcher que cela ne se reproduise - dans un mois, dans un an ou dans dix ans - et pour tracer la voie conduisant à une véritable paix durable, ainsi que nous l'avons fait pour le nord et le sud du Soudan avec l'Accord de paix global (CPA), nous œuvrons à trouver des solutions aux racines politiques du conflit au Darfour.
Sur ce front, une percée s'est produite en mai grâce à la négociation de l'Accord de paix sur le Darfour. Ce document ne crée pas la paix ; il donne les grandes lignes des principes qui sous-tendent la paix et met en place le cadre politique pour les traduire dans la réalité, notamment des accords pour partager le pouvoir équitablement, pour distribuer la richesse équitablement, pour coopérer en matière de sécurité et pour encourager la confiance et la réconciliation. Le gouvernement soudanais a signé cet accord, de même que le Mouvement de libération du Soudan, dirigé par Minni Minnawi. Deux autres groupes rebelles ne l'ont pas signé. Il n'en demeure pas moins qu'en énonçant les grandes lignes d'un nouvel accord politique entre le gouvernement du Soudan et le peuple du Darfour, l'Accord de paix sur le Darfour pourrait être un complément utile et nécessaire au CPA.
Cependant, le gouvernement du Soudan relance à l'heure actuelle son offensive militaire contre les rebelles, affaiblissant ainsi l'Accord de paix sur le Darfour et nos efforts humanitaires collectifs. Comme par le passé, la nouvelle campagne de violence du gouvernement cible la population du Darfour, et c'est elle qui souffre le plus. La sécurité faisant défaut, le personnel humanitaire n'est pas en mesure d'accéder aux centaines de milliers de personnes se trouvant dans les camps. Si elles n'ont pas de nourriture, d'eau ou une autre forme d'assistance dans les mois prochains, elles souffriront toutes, et nombre d'entre elles périront.
Il faut éviter à tout prix une telle tragédie, et le président Bush s'est personnellement engagé à le faire. La semaine dernière, dans son discours devant l'Assemblée générale des Nations unies, le président a réitéré son appui solide au peuple du Darfour, et il a nommé M. Andrew Natsios, l'ancien directeur de l'Agence des États-Unis pour le développement international (USAID), en tant que son envoyé spécial pour le Soudan.
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À ce moment crucial en ce qui concerne le Darfour, trois mesures supplémentaires s'imposent :
Premièrement, il faut immédiatement instituer un cessez-le-feu. Le gouvernement du Soudan doit cesser ses opérations militaires et les rebelles qui ne sont pas signataires de l'Accord de paix pour le Darfour doivent cesser les combats et signer cet acccord. Il n'est pas question de renégocier l'accord, mais nous avons des consultations avec les rebelles qui souhaitent la paix. Nous cherchons à répondre à leurs préoccupations légitimes. Nous leur accorderons un appui s'ils choisissent la paix. Mais, si les rebelles devaient refuser, ils s'exposeraient à de graves conséquences, notamment à des sanctions ciblées de la part de l'ONU.
Deuxièmement, pour aider à stabiliser le Darfour, pour protéger les centaines de milliers d'êtres humains dont la vie est actuellement menacée, et pour aider toutes les parties à appliquer l'Accord de paix au Darfour, le gouvernement du Soudan doit immédiatement et inconditionnellement accepter une force de maintien de la paix de l'ONU au Darfour. Nous applaudissons à tous les efforts qu'a consentis l'Union africaine en vue de protéger les populations du Darfour, ainsi qu'à sa décision de prolonger sa mission, assurant ainsi que pas un jour ne se passe qu'il n'y ait des forces de maintien de la paix sur le terrain. Mais en fin de compte, il est impossible à 7.200 personnes de sécuriser efficacement une région de la taille du Texas. L'Union africaine a fait tout ce qu'elle pouvait étant donné les circonstances, et elle a maintenant réclamé une aide internationale - pas une fois, ni deux, mais trois fois.
Le mois dernier, le Conseil de sécurité de l'ONU a répondu à l'appel, et nous avons adopté la résolution 1706, prévoyant la transition de la mission de l'Union africaine à une force de maintien de la paix de l'ONU plus étoffée, plus robuste, dotée de plus de 20.000 nouveaux soldats et policiers. Il reste une source principale d'opposition à cette ligne d'action, à savoir le gouvernement soudanais. Je m'empresse de noter, cependant, que cette opposition à une force de l'ONU ne fait pas l'unanimité au sein du gouvernement d'unité nationale et nous nous félicitons de l'appui apporté par le Mouvement soudanais de libération nationale et par le Mouvement de libération du peuple soudanais.
Les autorités soudanaises sont mises, à présent, en face d'une décision claire et de grande portée, en fait la même décision qu'elles ont dû prendre lorsque nous avons tenté de mettre fin à la guerre civile entre le Nord et le Sud. Il s'agit du choix entre la coopération et l'affrontement.
Si le gouvernement soudanais choisit la coopération - s'il collabore avec les Nations unies et accueille la force de l'ONU au Darfour - il trouvera dans les États-Unis un partenaire dévoué. Et ainsi que le président Bush l'a indiqué dans sa lettre récente au président El-Béchir, nous serons prêts à examiner tous les aspects de nos relations bilatérales et à travailler en faveur de notre objectif commun d'un État soudanais unifié, démocratique et en paix.
Mais si le gouvernement soudanais opte pour l'affrontement - s'il continue à faire la guerre à ses propres citoyens, à défier l'Union africaine, à déstabiliser sa force de maintien de la paix et à menacer la communauté internationale - alors le régime de Khartoum sera tenu pour responsable et devra en supporter seul les conséquences. La communauté internationale doit clairement signifier aux dirigeants soudanais que tel est le choix qui leur est posé.
Le gouvernement soudanais dit qu'il veut un État stable et de bonnes relations avec la communauté internationale. Mais son comportement crée précisément le contraire : l'instabilité et l'isolement. La présence d'une force de l'ONU au Darfour contribuerait à inverser cela : elle sécuriserait la région, stabiliserait le pays, profiterait au peuple soudanais et servirait ainsi les intérêts du gouvernement soudanais lui-même. Les forces de maintien de la paix jouent déjà ce rôle dans la partie méridionale du Soudan ; elles devraient pouvoir faire de même au Darfour et le faire maintenant.
Si le gouvernement soudanais veut devenir un membre respecté de la communauté internationale, il doit agir en tant que tel et se comporter de façon responsable. Le temps des atermoiements est passé, il est temps d'agir. Nous ne pouvons accepter l'opposition du Soudan. Puisque le gouvernement soudanais ne va pas sauver la vie de ses propres citoyens, les Nations unies doivent agir.
Une fois les casques bleus déployés au Darfour où ils aideront à protéger les innocents et à mettre en application l'Accord de paix au Darfour, une dernière étape sera nécessaire : la transition d'un effort humanitaire à un travail de reconstruction, afin d'aider les habitants du Darfour à rentrer chez eux et à reconstruire leur vie.
Ce sera une entreprise monumentale. La plupart des victimes du conflit au Darfour ne trouveront quasiment plus rien à leur retour. Elles auront besoin d'aide pour recouvrer leurs biens perdus. Des programmes d'eau seront nécessaires pour rétablir les moyens de vie de la population et pour atténuer les futurs conflits. Le défi qui se pose au gouvernement d'unité nationale du Soudan n'est rien de moins que la transformation du Darfour. Le Soudan dirigera lui-même son effort de développement. Nous le soutiendrons. Et la générosité du monde sera plus importante que jamais, dès maintenant et pour de nombreuses années à venir.
(...)
(Fin des extraits)
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