Par Kathryn McConnell
Rédactrice du "Washington File"
Washington - Selon une haute responsable de l'Agence des Etats-Unis pour le développement international (USAID), si les pays en développement, et en particulier les pays d'Afrique subsaharienne, ne ciblent pas mieux leur politique en matière de développement agricole, ils se heurteront à des pénuries alimentaires plus graves en 2011 qu'en 2001 à cause notamment des changements relatifs à l'offre et à la demande de vivres, de la croissance démographique et de l'expansion limitée des ressources agricoles.
Un plus grand nombre de pays en développement devraient adopter une politique agricole qui assure leurs besoins alimentaires, a fait remarquer Mme Emmy Simmons, administratrice adjointe de l'USAID chargée des questions ayant trait à la croissance économique, à l'agriculture et au commerce, le 2 décembre, à l'occasion d'une conférence sur la faim dans le monde parrainée par le "Joint Institute for Food Safety and Applied Nutrition", qui relève de l'Administration fédérale des produits alimentaires et pharmaceutiques (FDA) et de l'université du Maryland.
Selon Mme Simmons, pour l'Afrique subsaharienne, la réalisation de l'objectif que s'est fixé la communauté internationale, à savoir la réduction de moitié du nombre de personnes souffrant de la faim dans le monde d'ici à 2015 par rapport à 1990, s'éloigne de plus en plus.
A l'heure actuelle, 38 % de la population de l'Afrique subsaharienne souffre d'une faim chronique. Si rien n'est fait pour accroître la production agricole d'ici à 2011, a-t-elle dit, c'est la moitié de la population de l'Afrique subsaharienne qui souffrira de la faim.
Elle a expliqué que dans certains pays asiatiques, notamment en Chine, le niveau des revenus augmentait et parallèlement la demande de certains aliments, en particulier celle de viande dont la production exigeait davantage d'intrants agricoles. En conséquence, les pays les plus pauvres se heurtent à une concurrence accrue en ce qui concerne les produits alimentaires de base provenant des marchés mondiaux. Et, comme les habitants des pays les plus pauvres n'ont pas le pouvoir d'achat leur permettant d'acheter des aliments importés, il leur faut compter sur leur capacité à produire leur propre nourriture.
Pour Mme Simmons, il faudrait que les pays en développement qui continuent à subventionner les prix des aliments changent de stratégie, car lorsque les prix des vivres sont artificiellement maintenus à un bas niveau, les exploitants agricoles locaux ne cherchent pas à produire des vivres qui pourraient nourrir les habitants de leur région ou être vendus pour en tirer un revenu.
Les gouvernements devraient aussi faire tomber les obstacles qui entravent le commerce de façon à accroître les quantités d'aliments que leur population peut se procurer et ce à meilleur prix.
Le Mali, a indiqué Mme Simmons, offre un bon exemple pour ce qui est de l'adoption de réformes en matière de politique agricole. Ce pays a, par exemple, investi en vue de favoriser l'irrigation, accroissant ainsi la capacité de production de ses terres arables. Il a aussi libéré les prix des aliments et mis sur pied un système d'information sur les marchés qui est mis à jour quotidiennement afin de permettre aux agriculteurs de se renseigner sur les prix offerts pour leurs produits. Le Mali a également créé des réserves à la fois d'aliments et de fonds auxquelles il peut recourir lorsque les conditions climatiques n'ont pas été bonnes, stratégie, selon Mme Simmons, que d'autres pays en développement feraient bien d'imiter.
Afin d'aider les pays en développement à devenir autonomes lorsqu'il s'agit de nourrir leur population, a-t-elle précisé, l'USAID appuie les initiatives mises en oeuvre pour accroître les échanges de façon à améliorer l'accès des agriculteurs aux informations ainsi qu'aux systèmes de distribution et de stockage.
L'USAID encourage aussi le recours à la science et à la technologie pour accroître et améliorer la qualité de la production agricole. A cette fin, elle oeuvre en vue d'établir un plus grand nombre de partenariats entre les instituts de recherche agronomique des Etats-Unis et ceux des pays en développement, l'accent étant mis sur la recherche adaptative.
Pour sa part, le directeur adjoint du bureau de la Maison-Blanche chargé de la politique en matière de science et de technologie, M. Cliff Gabriel, a cité des exemples de la coopération des Etats-Unis avec des pays en développement dans le domaine agronomique. Il a fait état des travaux de recherche visant à améliorer la résistance des racines des plantes pour que celles-ci puissent pousser dans des sols appauvris et secs, ainsi que des travaux tendant à réduire le taux d'évaporation de l'eau et à renforcer la qualité nutritive des aliments.
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