By Charles Corey
Rédacteur
Washington - Afin de favoriser le rétablissement de la paix dans la région des Grands Lacs en Afrique, les États-Unis ont décidé de reprendre leurs efforts visant à faire traduire en justice les personnes qui sont accusées d'être responsables du génocide de 1994 au Rwanda et qui sont encore en fuite, en relançant le programme de lutte contre les crimes de guerre intitulé « Récompenses pour la justice » (Rewards for Justice).
La secrétaire d'État adjointe aux affaires africaines, Mme Jendayi Frazer, a fait état de ce programme lors d'une conférence de presse organisée le 12 mai au département d'État. Elle était accompagnée de l'ambassadeur extraordinaire chargé du dossier des crimes de guerre, M. Clint Williamson.
Le programme « Récompenses pour la justice », a-t-elle dit, constitue « un instrument utile » que les États-Unis ont utilisé en vue d'encourager la cessation des hostilités dans la région des Grands Lacs ainsi que l'application des processus de paix de Lusaka, de Sun City et de Pretoria.
« Grâce à ce programme, a-t-elle indiqué, nous avons recueilli des renseignements utiles qui ont permis l'arrestation de trois fugitifs dangereux, des anciens membres du gouvernement et des anciens chefs de milice accusés de génocide et complices de génocide et de crimes contre l'humanité : MM. Tharcisse Renzaho, Jean-Baptiste Gatet et Yussuf John Munyakazi. Ils font tous l'objet d'une procédure en première instance ou sur le point de le faire. » Treize autres fugitifs sont encore recherchés dans le cadre de ce programme.
Outre le fait qu'il facilite l'arrestation de fugitifs recherchés à cause de leur implication dans le génocide rwandais, le programme « Récompenses pour la justice » montre aussi l'engagement des États-Unis en faveur de la justice et de la paix dans la région des Grands Lacs.
« Depuis 2004, a-t-elle dit, nous avons montré la volonté des États-Unis de prévenir des conflits et d'appuyer le règlement de conflits en facilitant le processus Tripartite Plus un. » Les États-Unis ont lancé ce processus en vue de faciliter les relations entre les quatre pays des Grands Lacs (le Burundi, le Rwanda, l'Ouganda et la République démocratique du Congo) et de renforcer la confiance entre eux.
Durant sa visite récente dans cette partie du monde, M. Williamson a évalué les avantages de la relance du programme Récompenses pour la justice en tant que moyen d'incitation pour ceux qui sont susceptibles de connaître le lieu où se cachent les fugitifs.
« Comme le président Kabila l'a dit, le moment est venu pour les membres des anciennes forces armées rwandaises et des Interahamwe qui se trouvent dans l'est du Congo et qui causent tant d'insécurité, de souffrances et de dévastation, de déposer leurs armes sans violence et de rentrer au Rwanda, ainsi qu'il est indiqué dans le communiqué de Nairobi », a dit Mme Frazer. Les Interahamwe sont les milices hutues que l'on estime largement responsables du génocide rwandais de 1994.
Pour sa part, M. Williamson a réaffirmé qu'en relançant le programme « Récompenses pour la justice » le département d'État renouvelait ses efforts visant à faire traduire en justice les principaux auteurs du génocide de 1994.
« Je suis heureux d'annoncer, a-t-il dit, que le service des crimes de guerre va collaborer étroitement avec la direction des affaires africaines et avec l'ambassade des États-Unis à Kinshasa pour lancer une nouvelle campagne dans le cadre du programme « Récompenses pour la justice ». Cette campagne vise à faciliter l'arrestation des treize hommes inculpés par le Tribunal pénal international pour le Rwanda de génocide et de crimes contre l'humanité qui sont encore en fuite.
« Comme vous le savez, une violence interethnique de l'ampleur et de la férocité que nous avons observée en 1994 ne se produit pas spontanément. Elle exige beaucoup de préparatifs. Un grand nombre des architectes du génocide rwandais ont été arrêtés grâce au soutien politique et matériel de divers pays, dont les États-Unis. Ces arrestations, les procès et les condamnations qui y ont fait suite battent en brèche la notion selon laquelle ceux qui organisent de tels crimes peuvent échapper à la justice. »
Toutefois, treize des inculpés n'ont pas encore été arrêtés, a-t-il dit en ajoutant : « Ces hommes comprennent Augustin Bizimana, Idelphonse Nizeyimana, Protais Mpiranya, Grégoire Ndahimana, Ladislas Ntaganzwa et Félicien Kabuga. Tous ces hommes occupaient des postes de responsabilité et d'influence pendant la période précédant le génocide et durant celui-ci. L'impunité de ces hommes quatorze ans plus tard et leur présence dans la région risquent de porter atteinte à la stabilité et à la réconciliation. »
Sept autres fugitifs sont aussi recherchés dans le cadre de ce programme : Fulgence Kayishema, Bernard Munyagishari, Phénéas Munyarugarama, Aloys Ndimbati, Charles Ryandikayo, Charles Sikubwabo et Jean Bosco Uwinkindi.
Le département d'État coopère avec les services d'autres États, avec l'ONU et avec le Tribunal pénal international pour rendre plus difficile la vie de ces fugitifs. Le programme « Récompenses pour la justice », a-t-il expliqué, est l'un des éléments de l'action de la communauté internationale visant à resserrer le filet autour de ceux qui sont recherchés.
On estime que la plupart des fugitifs se trouvent dans la République démocratique du Congo (RDC), et c'est donc sur ce pays que portera la campagne du programme « Récompenses pour la Justice ».
Dans les semaines à venir, l'ambassade des États-Unis à Kinshasa collaborera avec les missions de l'ONU et d'autres partenaires en RDC pour distribuer des affiches, des boîtes d'allumettes et d'autres articles indiquant que ces hommes sont recherchés pour génocide et que les personnes qui fourniront des renseignements permettant de les arrêter pourront obtenir une récompense d'un montant maximum de 5 millions de dollars.
Les renseignements recueillis grâce à cette campagne faciliteront les travaux du Tribunal pénal international, dont les équipes d'enquêteurs continuent de traquer les fugitifs. C'est ainsi qu'un ancien ministre rwandais inculpé, M. Callixte Nzabonimana, a été arrêté en mars grâce à la collaboration entre une équipe d'enquêteurs de ce tribunal et le gouvernement tanzanien.
« Comme cela le montre, ce sont les gouvernements nationaux de cette partie du monde qui doivent prendre certaines des mesures les plus essentielles pour mettre fin à l'impunité de ces fugitifs, a fait remarquer M. Williamson. Rien que la semaine dernière, le gouvernement kényan a persuadé un tribunal kényan de saisir les biens fonciers dont M. Félicien Kabuga, l'inculpé le plus recherché par le Tribunal pénal, tirerait ses revenus pour vivre en liberté. C'est là une bonne nouvelle (…), mais nous espérons fortement qu'il ne s'agit là que d'une simple mesure vers une action de plus grande ampleur de la part de tous les États de cette partie du monde visant à arrêter ces hommes.
« Nous attendons avec intérêt les résultats de cette campagne. Nous sommes convaincus qu'elle accélérera la traduction en justice de ceux qui sont les plus responsables de ces crimes horribles. »
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