Par Stephen Kaufman
Rédacteur de l'USINFO
Washington - Le rapport annuel du département d'État sur la liberté religieuse dans le monde ne sert pas seulement à critiquer les violations des droits de l'homme dans les pays étrangers. En tant qu'illustration de l'importance que les Américains attachent au libre exercice des cultes, il exige du président des États-Unis qu'il tienne compte de ces considérations dans les relations bilatérales avec les autres pays et qu'il envisage de prendre des sanctions à l'égard des pays qui persécutent ceux qui professent une religion.
Le fait d'établir un rapport sur la liberté religieuse « traduit la conviction selon laquelle la liberté religieuse n'est pas seulement une pratique limitée aux États-Unis, mais quelque chose de semblable à un droit fondamental de toute personne, quel que soit le régime politique du pays où elle vit », a déclaré à l'USINFO, le 18 septembre, M. William Galston, d'un centre de réflexion de Washington, l'Institut Brookings.
Lorsque les États-Unis critiquent les persécutions religieuses dans d'autres pays, ils proclament que la liberté religieuse revêt une telle importance qu'elle a des applications morales au-delà de leurs frontières. « Nous disons que, conformément à nos convictions, il s'agit d'une norme universelle et non pas d'une norme locale. Il est bon de critiquer tous les pays, y compris parfois le nôtre, parce qu'ils ne s'y conforment pas », a fait remarquer M. Galston.
L'histoire de la liberté religieuse aux États-Unis est complexe. Au XVIIe siècle, des puritains qui se heurtaient à la persécution de l'État en Angleterre ont fondé une colonie au Massachusetts. Toutefois, les chefs de cette colonie n'étaient pas eux-mêmes tolérants des autres religions, et leur intolérance a entraîné l'établissement d'une colonie au Rhode Island, où la plus ancienne synagogue de l'Amérique du Nord fut construite en 1763.
Selon l'article premier de la Déclaration des droits de 1791, qui énonce un grand nombre des libertés publiques que l'État fédéral doit garantir, « le Congrès ne fera aucune loi qui touche l'établissement ou interdise le libre exercice d'une religion ». Il en découle l'interdiction de l'adoption d'une religion d'État officielle et la garantie de la liberté religieuse pour tous les Américains. Toutefois, M. Galston a fait remarquer que, des années 1850 aux années 1890, l'État fédéral avait persécuté l'église des mormons et qu'il avait fait de son mieux pour la supprimer, en partie parce qu'il était opposé à la pratique de la polygamie que cette église avait adoptée à ses débuts.
L'État fédéral ou l'appareil judiciaire des États-Unis n'a jamais adopté la position selon laquelle tout est permis si cela a lieu dans le cadre d'une religion organisée, a-t-il dit. « Il s'agit donc d'une question complexe pour savoir quand l'État a le droit d'établir une distinction entre ce qui est permis et ce qui est interdit. Comme l'expérience des mormons le montre, cette distinction n'a pas toujours été la même dans l'histoire américaine. »
Au fil du temps, les normes internationales et la diffusion ininterrompue d'informations sur les violations de la liberté religieuse peuvent, selon M. Galveston, inciter un État à changer sa politique à l'égard des dissidents religieux. C'est ainsi que les accords d'Helsinki conclus entre les adversaires de la guerre froide ont entraîné une plus grande liberté religieuse dans ce qui était alors l'Union soviétique et dans d'autres pays d'Europe orientale. Tous les pays signataires de ces accords se sont en effet engagés à adopter un ensemble de droits de l'homme, dont la liberté religieuse.
« Je pense, a-t-il dit, qu'un grand nombre de personnes ont été surprises (…) de la manière dont ces accords avaient créé une base de changement durable. Cela ne s'est pas produit du jour au lendemain, mais c'était un cadre qui a donné (…) aux dissidents quelque chose pour justifier leurs activités face à des États hostiles. »
De même, presque tous les pays ont adhéré à la Déclaration universelle des droits de l'homme (1948) de l'Organisation des Nations unies. Il s'ensuit qu'ils ont entrepris de sauvegarder dans toute la mesure du possible certaines libertés et en particulier la liberté religieuse.
En général, a fait remarquer M. Galston, aucun pays ne veut que l'on soit au courant de ses mesures de répression dans le domaine religieux. Ils s'efforcent donc soit de les garder secrètes soit de les expliquer par des raisons autres que la religion. C'est ainsi que la Chine prétend qu'il est nécessaire d'interdire le mouvement Faloun Gong pour préserver l'ordre public et la sécurité de l'État.
C'est en 1998 que le Congrès des États-Unis a adopté la loi sur la liberté religieuse dans le monde afin de faire de la promotion de cette liberté un élément explicite de la politique américaine et de permettre aux États-Unis de devenir le champion de ceux qui sont persécutés.
Cette loi a prévu à cet effet la création du poste d'ambassadeur extraordinaire chargé de la liberté religieuse dans le monde au département d'État. Ce poste est actuellement occupé par M. John Hanford, dont le service prépare à l'intention du Congrès un rapport annuel sur la liberté religieuse dans tous les pays du monde.
La loi de 1998 prévoit des sanctions allant d'une simple démarche diplomatique à des sanctions commerciales pour le cas où l'on déterminerait qu'un pays a recours à la persécution religieuse. Toutefois, le président est habilité à renoncer à prendre des sanctions s'il estime que celles-ci ne contribueraient pas à mettre fin aux persécutions ou qu'elles porteraient trop atteinte aux intérêts des États-Unis en matière de politique étrangère.
« Je ne vois aucun mal provenant de ces efforts à rendre l'action des autres pays plus transparente et plus responsable dans le domaine religieux », a dit M. Galston à propos du rapport annuel. « On n'a pas besoin d'avoir une confiance excessive dans la bonne volonté de l'espèce humaine pour croire que, au fil du temps, la transparence et l'obligation de rendre des comptes peuvent avoir une influence. »
|