Par Cheryl Pellerin
Rédactrice du « Washington File »
Washington - Pour les habitants de régions reculées à travers le monde ou pour ceux qui n'ont guère accès à un médecin, des organismes publics américains facilitent la diffusion de la télémédecine, la médecine à distance, au moyen d'un ensemble de téléphones, d'ordinateurs et de télécopieuses, en vue d'améliorer les prestations médicales dans de nombreux pays.
À l'aide de dispositifs de téléconférence, des médecins peuvent parler avec leurs patients et leur faire part des résultats d'analyses médicales et de radiographies. Ils peuvent aussi échanger des opinions avec d'autres médecins en qui concerne le diagnostic, le traitement, les opérations chirurgicales et le traitement postopératoire. Ils peuvent même voir les méthodes appliquées de diagnostic et de traitement en temps réel.
Lors de la séance de travail de la sous-commission des affaires africaines, des droits de l'homme et des activités à l'étranger de la Chambre des représentants qui a eu lieu le 16 mai, de hauts responsables du gouvernement Bush et des spécialistes de la télémédecine ont décrit les divers aspects de ce domaine et de la télésanté à l'étranger. (De plus grande ampleur que la télémédecine, la télésanté consiste en l'usage des technologies de l'information et des télécommunications pour les soins médicaux, l'information des patients et des professionnels, la santé publique et l'administration de services sanitaires à distance.)
Selon un membre de la sous-commission, M. Jeff Fortenberry (représentant républicain du Nebraska), la séance de travail de la sous-commission avait pour objet les possibilités de transformer les activités diplomatiques des États-Unis en utilisant la télémédecine d'une nouvelle façon de manière « à atteindre les populations que l'on a négligées jusqu'ici en leur offrant les prestations médicales rudimentaires dont, de l'avis général, aucun être humain ne peut se passer. »
La formation au Pakistan
Le Bureau des océans et des affaires environnementales et scientifiques internationales du département d'État a financé deux projets pilotes de télémédecine, l'un en Afghanistan en collaboration avec l'Inde, l'autre au Pakistan. Un des responsables de ce bureau, M. Ralph Braibanti, a indiqué que ses services avaient réussi, malgré des moyens limités, à élaborer un programme destiné à mettre en place un centre-pilote de formation de télémédecine dans un hôpital de Rawalpindi (Pakistan) et à financer son fonctionnement.
À cet effet, deux médecins pakistanais sont venus dans un centre de recherche médicale de l'armée de terre des États-Unis (« Medical Research and Material Command » ou MRMC) situé au Maryland pour apprendre la télémédecine et pour nouer des contacts avec des spécialistes de ce domaine.
Des spécialistes du MRMC et d'un organisme (« Medical Informatics and Technology Applications Consortium ») relevant d'une université de Virginie (« Virginia Commonwealth University ») ont ensuite dispensé une formation à trente médecins pakistanais.
Ce programme comprend aussi des échanges professionnels, la fourniture de matériel et des dispositifs de téléconférence vidéo pour le centre de Rawalpindi.
« Bien que ce projet n'ait commencé qu'il y a trois ans, a dit M. Braibanti, il a déjà eu des effets positifs sur les prestations médicales au Pakistan et sur les relations entre les États-Unis et le Pakistan. »
La télémédecine en Afghanistan
L'Afghanistan compte très peu d'hôpitaux, en particulier dans les zones reculées. Cinquante des trois cent trente districts du pays n'ont pas du tout d'installations médicales. Leur relief montagneux, l'insuffisance de leur réseau de transport et l'absence d'écoles de médecine rendent difficile l'amélioration des prestations médicales grâce à la formation d'un plus grand nombre de médecins ou à la construction d'un plus grand nombre de centres médicaux.
Le projet de télémédecine en Afghanistan, à la réalisation duquel l'Inde et les États-Unis collaborent, est destiné « à établir dans des zones reculées un réseau de stations consacrées aux consultations de télémédecine », a indiqué M. Braibanti. Chaque station sera reliée par satellite à des centres médicaux où des spécialistes de Kaboul et d'autres villes offriront des téléconsultations.
Une équipe afghane composée de cinq médecins et spécialistes de l'informatique a déjà reçu une formation sur les rudiments de la télémédecine et a appris à se servir du matériel qui sera bientôt installé à l'hôpital Indira Gandhi de Kaboul.
Dans le cadre de la seconde étape, qui est actuellement en cours, les personnes qui ont reçu une formation appliqueront leurs connaissances pour élaborer un programme de télémédecine dans leur pays, activité qui jouit du soutien du ministère afghan de la santé publique.
Selon M. Braibanti, la coopération dans le domaine de la télémédecine n'est pas à sens unique. Les États-Unis et leurs partenaires en tireront aussi des avantages. « Les réseaux de télémédecine dans des zones reculées du monde peuvent(...) signaler, dès leur apparition, des foyers de poliomyélite, de grippe aviaire ou d'autres maladies infectieuses », ce qui peut être important pour la santé publique aux États-Unis.
Les missions médicales destinées aux enfants
L'Agence des États-Unis pour le développement international (USAID) tire aussi parti du progrès technique dans le domaine médical pour améliorer les prestations destinées aux malades dans un état critique qui habitent dans des localités où l'infrastructure médicale est à peu inexistante, a indiqué un haut responsable de cette agence, M. Richard Greene.
Par l'intermédiaire de l'organisme « Medical Missions for Children » (MMC), l'USAID a mis en place un réseau de vidéoconférence par Internet qui permet à des médecins bénévoles de trente hôpitaux des États-Unis d'examiner des enfants malades habitant à l'étranger, de faire un diagnostic et de prescrire un traitement.
En 2003, l'Alliance pour le développement dans le monde (« Global Development Alliance ») de l'USAID a investi un million de dollars en vue d'étendre un réseau de télémédecine en Amérique latine et dans les Antilles. Elle a construit des stations terrestres reliées par satellite en Bolivie, au Brésil, au Guatemala, au Mexique et au Panama afin de permettre à des localités reculées de ces pays de recevoir des émissions d'enseignement médical. Ces stations peuvent enregistrer et retransmettre à la demande près de 120 heures d'enseignement médical provenant de cinq hôpitaux financés par l'USAID.
La société internationale de télécommunications Intelsat a donné la bande satellite nécessaire aux dispositifs techniques destinés à permettre l'examen, le diagnostic et la prescription d'un traitement en temps réel et à ajouter un élément éducatif. Pour sa part, la société de vidéoconférence Polycom a fourni du matériel vidéo afin d'étendre le réseau mondial de télémédecine et d'enseignement du MMC.
À l'heure actuelle, près de 600 médecins travaillent à titre bénévole, pendant au moins 12 heures par an, afin d'aider des hôpitaux situés dans des pays en développement à faire un meilleur diagnostic et à mieux soigner les malades.
La chaîne d'enseignement médical de l'Afrique du Sud
En Afrique du Sud, a indiqué M. Greene, l'USAID consacre, dans le cadre du plan d'aide d'urgence à la lutte contre le sida du gouvernement Bush, 3 millions de dollars à l'expansion de la chaîne d'enseignement en matière de santé publique de ce pays. Cette chaîne diffusera par satellite et à titre gratuit un enseignement à l'intention des malades et du personnel soignant des dispensaires et des hôpitaux sud-africains.
Créée dans le cadre d'un partenariat entre le ministère sud-africain de la santé et des entreprises du secteur privé, cette chaîne devrait diffuser ces émissions dans tous les 4.000 centres médicaux de l'Afrique du Sud d'ici à cinq ans et atteindre 97.000 infirmières et 36 millions de Sud-Africains.
Il est possible, a indiqué M. Greene, qu'elle soit étendue un jour au reste de l'Afrique et qu'elle aborde tous les grands problèmes de santé.
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