Par Lea Terhune
Rédactrice de l'USINFO
Washington - Lorsque les États-Unis demandent à d'autres pays de coopérer en vue de mieux faire respecter les lois en vigueur contre la traite des personnes, d'aider ses victimes et de sensibiliser le public, « ces pays doivent comprendre que le gouvernement des États-Unis travaille lui aussi à résoudre ce genre de problèmes et que les recommandations qu'il fait sont empreintes d'un esprit de partenariat », a expliqué M. Mark Lagon, qui a récemment assumé la direction du bureau du département d'État chargé de surveiller et de combattre la traite des personnes.
« Notre pays mène un effort vigoureux qui cible les victimes afin de venir en aide à ceux que la traite des personnes a piégés », a-t-il dit à l'USINFO le 5 juin.
M. Lagon est bien versé dans la question des droits de l'homme et lorsque le Congrès l'a confirmé dans ses nouvelles fonctions, il avait déjà des priorités en tête.
« Il nous faut vérifier que les produits que les Américains apprécient ne soient pas en fait le fruit du travail d'esclaves. Le travail forcé est une question grave, qu'il s'agisse du travail des enfants, du travail non rémunéré (pour rembourser un créancier) ou du travail justifié par l'appartenance à une caste », a-t-il souligné.
« La démocratisation ne consistant pas uniquement en l'émancipation des femmes dans le monde, il nous faut affronter la question de la traite des personnes, qui est peut-être la pire forme de dépréciation des femmes », a-t-il dit, ajoutant : « Partout où la traite des personnes est un problème et où des fonctionnaires complices soutiennent l'avilissement des gens par leur corruption, il faut renforcer la règle du droit. »
La première chose à faire, a-t-il souligné, est de voir les personnes ayant fait l'objet d'un trafic d'êtres humains pour ce qu'elles sont vraiment : des victimes. En vertu de la loi, celles-ci ont des droits aux États-Unis. « On ne va pas les traiter comme des criminels, ou des immigrants en situation illégale. Ces personnes recevront un visa et auront accès à des services sociaux », a-t-il précisé.
Plusieurs organes du gouvernement des États-Unis coordonnent les efforts visant la lutte contre la traite des personnes et ils y consacrent beaucoup de temps et d'importantes ressources.
Chaque année, le département d'État publie un rapport sur la situation dans le monde en matière de traite des personnes. Ce rapport est, de l'avis de M. Lagon, l'un des meilleurs outils dont dispose le gouvernement des États-Unis, car il permet de faire le point de la situation dans les divers pays aux plans de la protection des victimes, de la prévention du trafic des êtres humains et de la poursuite en justice de ceux qui s'en rendent coupables.
En adoptant en 2000 la Loi sur la protection des victimes de la traite des personnes, le Congrès a obligé la création, au sein du département d'État, d'un bureau chargé de surveiller et de combattre la traite des personnes ainsi que la rédaction d'un rapport annuel en la matière. Cette loi donne davantage de moyens aux organes ministériels pour protéger les victimes de la traite des personnes, poursuivre ses coupables en justice et la prévenir. En vertu de plusieurs prorogations, la dernière datant de 2005, des ressources supplémentaires ont été allouées aux services policiers et aux projets d'aide aux victimes.
Pour M. Lagon, il est primordial de partager les informations entre les divers pays et de former des partenariats pour lutter contre la traite des personnes. Il voudrait également que le secteur privé prenne part à ce combat. « L'industrie du tourisme, par exemple, et les compagnies aériennes sont très utiles lorsqu'elles font des annonces publiques pour sensibiliser les gens à propos de la pire forme de violence qu'est le tourisme sexuel impliquant des enfants », a-t-il fait observer.
Les entreprises ont un rôle à jouer
La loi de 2005 qui proroge la Loi sur la protection des victimes de la traite des personnes exige du ministère américain du travail qu'il rédige un rapport annuel examinant la nature et la fréquence du travail des enfants dans le monde et qu'il publie une liste des marchandises associées au travail forcé.
Il appartient aussi aux entreprises de jouer un rôle pour combattre la traite des personnes, a fait valoir M. Lagon, et le gouvernement des États-Unis apportera son aide aux sociétés qui travailleront avec leurs homologues pour adopter les normes les plus strictes en ce qui concerne le rejet du travail des enfants.
La société Microsoft, un géant de l'informatique, par exemple, a des centres d'informations technologiques en Inde, pays où la traite des personnes est un sérieux problème. La société, a expliqué M. Lagon, s'efforce de mettre à jour les situations de maltraitance dont font l'objet les victimes de la traite des personnes, notamment des enfants qui prennent part au démontage des vieux ordinateurs. « L'Inde est une priorité, ne serait-ce que du fait de l'importance de sa population et de l'ampleur du trafic des êtres humains », a-t-il souligné.
« Il nous faut collaborer à tous les plans, tant multilatéral que bilatéral », a-t-il déclaré. Cela signifie qu'il faut œuvrer pour changer les institutions qui, sans le savoir, soutiennent la traite des personnes. Se souvenant de l'affaire des Casques bleus de l'ONU qui s'étaient rendus coupables de sévices sexuels en République démocratique du Congo, il a fait remarquer : « Le devoir des Casques bleus est d'atténuer les souffrances des gens et non pas d'y contribuer. »
Les États-Unis tiennent sincèrement à promouvoir la dignité des hommes, d'aider concrètement ces personnes que d'autres ont avilies, a-t-il dit, et ils sont disposés à former des partenariats avec les organisations non gouvernementales, les gouvernements d'autres pays et les organisations internationales « pour mettre fin à ce qui est, en fait, un esclavage des temps modernes ».
L'esclavage fait aussi partie de l'histoire des États-Unis, pays qui a connu une terrible discrimination et où sont encore présents les vestiges de la ségrégation, a rappelé M. Lagon.
« Nous devrions être en mesure de parler en toute franchise avec les autres démocraties sur les mesures qu'il nous faut prendre pour améliorer la situation. Si les gens sont traités comme des sous-hommes du fait de leur appartenance ethnique ou de leur statut social, où qu'ils soient, ceux qui en sont coupables ont violé des valeurs fondamentales, et par ceci, je ne veux pas dire des valeurs américaines, mais des valeurs universelles. »
M. Lagon travaille de longue date aux questions ayant trait aux droits de l'homme. En sa qualité de sous-secrétaire adjoint chargé des questions liées aux organisations internationales, il était responsable des questions internationales liées aux droits de l'homme et des questions humanitaires. Il avait été auparavant conseiller du secrétaire d'État pour les questions relatives aux organisations internationales, à la démocratie et aux droits de l'homme.
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