Washington - La décision de Fidel Castro de renoncer au pouvoir devrait offrir au peuple cubain l'occasion de chercher à instaurer la démocratie, et les États-Unis sont prêts à aider Cuba à réaliser cette possibilité, a déclaré le président Bush le 19 février, alors qu'il faisait une visite officielle dans cinq pays d'Afrique subsaharienne.
« La communauté internationale, a-t-il dit, devrait œuvrer de concert avec le peuple cubain en vue de commencer à mettre en place les institutions qui sont nécessaires à la démocratie. Cette transition devrait aboutir à des élections libres et honnêtes, et je dis bien libres et honnêtes et non pas le genre d'élections orchestrées que les frères Castro tentent de faire passer pour des élections démocratiques. »
C'est le peuple cubain qui a le plus souffert du temps de Fidel Castro, et cette nouvelle période devrait donc être pour lui le début de la transition à la démocratie. « Il y aura un jour un débat intéressant, a dit M. Bush. Certains diront qu'il faut encourager la stabilité, et bien entendu, pendant ce temps, les détenus politiques moisiront dans les prisons, et la situation de la population demeurera pitoyable dans de nombreux cas. »
La première chose à faire, selon M. Bush, c'est de libérer les détenus politiques. « Il est désolant de voir que des gens sont incarcérés parce qu'ils osaient exprimer leur opinion. »
Fidel Castro a annoncé, le 19 février, qu'il renonçait à ses fonctions de président de Cuba et de chef des forces armées cubaines. Il a déclaré qu'il ne briguerait pas un nouveau mandat lorsque l'Assemblée nationale se réunirait le 24 février pour choisir les trente et un membres du Conseil d'État, les ministres et le nouveau président.
M. Castro, qui est âgé de quatre-vingt-un ans, est hospitalisé depuis un an et demi et a délégué pendant son hospitalisation ses fonctions de président à son frère Raul, que l'Assemblée nationale devrait nommer président.
Selon le secrétaire général de l'Organisation des États américains (OEA), M. José Miguel Insulza, il ne s'agit pas d'une décision que l'on puisse traiter à la légère étant donné l'importance du chef d'État cubain dans son île et en Amérique latine depuis près de cinquante ans.
M. Insulza a exprimé l'espoir que cette transition permettra à Cuba, dont l'adhésion à l'OEA a été suspendue, de retrouver sa place au sein de cette institution. « Il revient aux Cubains, a-t-il dit, de trouver, au moyen d'un dialogue libre et pacifique et sans ingérence de l'extérieur, la voie la meilleure pour assurer le bien-être de la population. »
Pour sa part, le secrétaire d'État adjoint, M. John Negroponte, a déclaré que les États-Unis ne comptaient pas lever leur embargo à la suite de ce changement de dirigeants. « Je ne peux pas imaginer que cela se produise de sitôt », a-t-il dit
Cuba continue de figurer sur la liste des États qui encouragent le terrorisme et qui offrent un refuge à ceux qui fuient la justice des États-Unis, notamment des terroristes américains.
Les sanctions que les États-Unis appliquent à Cuba comprennent un embargo et les restrictions applicables aux ressortissants américains désireux de se rendre à Cuba. L'embargo, qui remonte à des dizaines d'années, fait maintenant partie de la loi de 1996 sur la liberté et la solidarité démocratique avec Cuba. La loi de 2000 sur l'agriculture a levé l'embargo sur les produits alimentaires, mais elle interdit l'envoi de fonds par des ressortissants américains à Cuba.
Le président Bush a aussi limité la visite à Cuba de membres de la famille de Cubains à une tous les trois ans et il a fixé un plafond pour les sommes que des Américains d'origine cubaine peuvent envoyer à des parents à Cuba. Les États-Unis ont aussi déclaré qu'ils ne négocieraient pas avec un gouvernement cubain dirigé par Fidel ou Raul Castro.
Selon Mme Vicki Huddleston, de l'Institut Brookings de Washington, du fait que Fidel Castro a renoncé à briguer un nouveau mandat présidentiel, il se produira un certain changement et on pourra voir de nouveaux visages, mais ce seront encore ceux des dirigeants qui sont au pouvoir depuis la révolution.
« Rester au pouvoir sera toujours ce qui compte à Cuba », a-t-elle dit le 20 février. « Raul Castro et la hiérarchie cubaine vont rester au pouvoir, et il leur faudra faire ce qui est nécessaire pour y rester, à savoir autoriser quelques réformes car les Cubains veulent de meilleures conditions de vie. Ils ne vont pas cependant s'attaquer d'une manière concertée à la démocratisation. »
De son côté, le président de la commission sénatoriale des affaires étrangères, M. Joe Biden, a déclaré au sujet de la démission de Fidel Castro : « La période sombre de Cuba pourrait finalement arriver à sa fin, et une nouvelle période prometteuse pour le peuple cubain et pour les relations cubano-américaines pourrait s'ouvrir. Toutefois, il ne s'agit que d'une possibilité et non pas d'une garantie. »
Quant au président par intérim de la commission des affaires étrangères de la Chambre des représentants, M. Howard Berman, il s'est déclaré d'avis que ce changement de dirigeants à Cuba pourrait donner l'occasion aux États-Unis de reconsidérer d'un nouvel œil leur politique cubaine.
« Depuis trop longtemps, a-t-il dit, les Cubains sont privés des libertés publiques, des droits de l'homme fondamentaux et de l'État de droit. J'espère que l'annonce d'aujourd'hui (de la décision de Fidel Castro) constituera un tournant dans leur lutte pour une vie meilleure. »
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