Par Merle Kellerhals
Rédacteur
Washington - Le Kénya, qui compte près de 34 millions d'habitants, est un ami important des États-Unis et un médiateur important dans les conflits et dans les crises humanitaires frappant d'autres pays en Afrique. Selon de hauts responsables des États-Unis, il est essentiel que les dirigeants kényans trouvent le moyen de mettre fin aux troubles auxquels le pays est actuellement en proie.
La secrétaire d'État, Mme Condoleezza Rice, a souligné la nécessité que tous les Kényans gardent leur sang-froid alors qu'on cherche une solution politique à la crise actuelle.
Le Kénya est en proie à des troubles depuis que l'annonce des résultats de l'élection présidentielle du 27 décembre a suscité des actes de violence qui ont causé, selon les médias, la mort de 800 personnes et le déplacement d'environ 250.000 autres. Des affrontements ont opposé des groupes ethniques alors que les partis de l'opposition se sont unis contre le gouvernement du président Mwai Kibaki, qui avait déclaré l'avoir emporté lors de l'élection présidentielle sur son principal adversaire, M. Raila Odinga.
« L'élection n'a pas inspiré confiance à la population kényane. Il convient que le principal candidat de l'opposition et le président parvienne à un accord politique. Nous sommes très en faveur de ce que fait l'ancien secrétaire général de l'ONU, M. Kofi Annan, et je compte m'entretenir avec lui aujourd'hui ou demain au sujet de ce que les États-Unis et d'autres pays peuvent faire pour appuyer davantage ses efforts », a déclaré Mme Rice le 28 janvier à Washington.
L'ambassadeur des États-Unis à Nairobi, M. Michael Ranneberger, a indiqué récemment que les États-Unis estimaient que seul un règlement politique pouvait mettre fin à la crise actuelle, due aux graves irrégularités qui s'étaient produites pendant l'élection présidentielle. « Nous continuerons, a-t-il dit, d'ajouter notre voix à celle des Kényans de diverses ethnies et de toutes tendances politiques qui exhortent toutes les parties à agir de façon responsable dans l'intérêt de tout le pays. »
M. Annan, qui est actuellement à Nairobi, a fait en sorte que MM. Kibaki et Odinga confèrent pendant une heure environ le 24 janvier, dans le bureau de M. Kibaki. Il a également réussi à organiser un autre entretien entre les deux hommes le 29 janvier et s'est déclaré d'avis qu'il était possible de dénouer cette crise d'ordre politique.
Selon l'agence de presse Reuters, l'ancien secrétaire général de l'ONU a déclaré à l'occasion de la réunion de MM. Kibaki et Odinga : « Je dis aux deux dirigeants réunis ici aujourd'hui que le peuple veut que vous preniez en main la situation et que vous fassiez tout votre possible pour mettre fin à l'engrenage de la violence qui menace ce pays beau et prospère. » Il a ajouté que l'on pouvait mettre fin à la crise en quatre semaines et régler les grandes questions en un an.
Pour sa part, M. Ranneberger a indiqué que M. Annan et un groupe de représentants de l'Union africain contribuaient à faciliter les négociations. « Le moment est venu, a-t-il dit, pour tous les Kényans responsables, et pour les amis du Kénya, de faire des déclarations susceptibles de favoriser une solution, au lieu d'exacerber le problème. »
Selon un africaniste du Centre des études stratégiques et internationales de Washington, M. Joel Barkan, les causes de la crise actuelle sont d'ordre historique et elles sont profondes. Il faudra plus qu'un nouveau dépouillement des votes ou même que la formation d'un nouveau gouvernement pour mettre fin à la crise. « Pour sortir de cette crise, a-t-il indiqué, il faudra que les milieux politiques kényans acceptent ce que la société civile et les milieux diplomatiques ont dit clairement, à savoir que le Kénya est en fait à la croisée des chemins. »
|