Le président Obama exhorte les Africains à saisir l'avenir
Le XXIe siècle sera influencé par ce qui se passera non seulement à Rome ou à Moscou ou à Washington, mais aussi à Accra»


Par Merle David Kellerhals Jr.
Rédacteur

Washington - Le président des États-Unis, M. Barack Obama, a foulé la terre de ses origines, de cette Afrique qu'il ne considère pas comme un monde à part, mais comme une partie intégrante d'un monde interconnecté.

« Me voici, enfin, au Ghana, pour une simple raison : le XXIe siècle sera influencé par ce qui se passera non seulement à Rome ou à Moscou ou à Washington, mais aussi à Accra », a affirmé M. Obama lors du discours qu'il a prononcé le 11 juillet devant le Parlement ghanéen dans le cadre de sa première visite en Afrique subsaharienne en sa qualité de président.

« J'ai du sang africain dans les veines, et l'histoire de ma famille englobe aussi bien les tragédies que les triomphes de l'histoire de l'Afrique dans son ensemble », a-t-il dit.

Son séjour de vingt et une heures au Ghana, son discours au Palais des congrès et l'accueil que lui ont réservé les Africains ont été d'autant plus chargés d'émotion qu'il est le premier président afro-américain de l'histoire des États-Unis, que son père était originaire du Kénya, où vivent encore des membres de sa famille. M. Obama a d'ailleurs précisé dans son discours que son grand-père avait été cuisinier pour des Britanniques au Kénya et que son père avait grandi dans un minuscule village où il gardait des chèvres.

Ce discours du 11 juillet à Accra était le point d'orgue d'un voyage qui l'a conduit d'abord à Moscou le 6 juillet, puis à une réunion du groupe des Huit à l'Aquila (Italie), du 8 au 10 juillet, puis au Vatican où l'a reçu le pape Benoît XVI et enfin au Ghana.

Le président a commencé sa journée par un entretien et un petit-déjeuner avec le président ghanéen John Atta Mills au château de Christiansborg, à Accra. M. Obama et son épouse ont également visité un hôpital d'Accra, La General Hospital, spécialisé dans les soins maternels, avant de se rendre au siège du parlement.

Lors d'une interview accordée récemment à AllAfrica.com, M. Obama a déclaré qu'il avait choisi le Ghana comme sa première destination africaine en tant que président en raison des progrès réalisés par ce pays en matière de gouvernance. Le Ghana a été le premier pays d'Afrique subsaharienne à accéder à l'indépendance.

La promesse du renouveau

Lors de son discours devant le Parlement ghanéen, le président Obama a déclaré que malgré les progrès accomplis par l'Afrique durant la seconde moitié du XXe siècle et depuis, la promesse de renouveau de l'Afrique n'était pas encore réalisée.

« Les maladies et les conflits ont ravagé plusieurs régions du continent africain. Dans de nombreux pays, l'espoir de la génération de mon père a cédé la place au cynisme, voire au désespoir », a-t-il dit. Or l'une des clés du développement, c'est la bonne gouvernance : « C'est l'ingrédient qui fait défaut dans beaucoup trop de pays depuis bien trop longtemps. C'est le changement qui peut déverrouiller les potentialités de l'Afrique. Enfin, c'est une responsabilité dont seuls les Africains peuvent s'acquitter. »

Pour les États-Unis et l'Occident, l'engagement envers l'Afrique doit dépasser le stade des attributions annuelles d'aide à l'étranger et se muer en véritables partenariats à même de stimuler des progrès transformateurs. Le président a abordé quatre domaines d'importance cruciale pour l'avenir de l'Afrique : la gouvernance démocratique, les débouchés économiques, l'amélioration de la santé publique et le règlement pacifique des conflits.

L'aide de l'Occident n'est pas une fin en soi, a-t-il souligné : « L'objectif de l'aide à l'étranger doit être de créer les conditions dans lesquelles elle ne sera plus nécessaire. ». Les gouvernements qui respectent la volonté du peuple ont tendance à être plus prospères et plus stables que ceux qui ne le font pas.

« En ce XXIe siècle, des institutions capables, fiables et transparentes sont la clé du succès - des parlements puissants et des forces de police honnêtes ; des juges et des journalistes indépendants ; un secteur privé et une société civile florissants, ainsi qu'une presse indépendante. Tels sont les éléments qui donnent vie à la démocratie, parce que c'est ce qui compte dans la vie quotidienne des gens. »

L'Afrique est riche en ressources naturelles et ses peuples ont montré qu'ils étaient capables et désireux de créer des débouchés, a déclaré M. Obama. Toutefois, il est certaines vieilles habitudes dont il est difficile de se débarrasser : « La dépendance vis-à-vis des matières premières - ou d'un seul produit d'exportation - a tendance à concentrer la richesse au sein d'une minorité, laissant la majorité vulnérable à la récession », a-t-il dit. Or l'Afrique possède en abondance des ressources naturelles d'une grande diversité qui lui permettront de produire suffisamment d'énergie pour satisfaire ses besoins et, qui plus est, pour exporter de l'énergie propre à des fins lucratives.

L'amélioration de la santé publique est un élément capital en Afrique, a déclaré le président. Ce continent a été durement frappé par le sida, la tuberculose et le paludisme, mais aussi par d'autres maladies telles que la poliomyélite et diverses maladies tropicales longtemps négligées. De plus, a dit M. Obama, tout programme de santé publique doit mettre l'accent sur la prévention et notamment sur la santé maternelle et infantile.

Enfin, les conflits ont trop souvent fait partie du quotidien en Afrique et il s'agit d'y mettre fin, a souligné le président : « On se bat pour des territoires et on se bat pour des ressources. Et il est toujours trop facile à des individus sans conscience d'entraîner des communautés entières dans des guerres entre religions et entre tribus. Tous ces conflits pèsent sur l'Afrique comme un véritable boulet. »

En outre, il n'est jamais justifié de cibler des innocents au nom d'une idéologie quelconque. « C'est un arrêt de mort, pour toute société, que de forcer des enfants à tuer dans une guerre », a déclaré M. Obama, ajoutant que les Africains se mobilisaient contre cette inhumanité.

« La liberté est votre héritage. À présent, c'est à vous que revient la responsabilité de bâtir sur cette fondation de liberté. »